William S. Burroughs

William S. Burroughs
http://theo.underwires.net/
1952 : Junkie

Ginsberg apprit à Burroughs qu’il n’était pas parvenu pas à convaincre New Directions Press de publier le récit de Burroughs de sa vie de toxicomane. Cependant, Carl Solomon, qui était sorti depuis longtemps de l’hôpital psychiatrique de Columbia et était depuis resté en contact avec Ginsberg, travaillait désormais comme éditeur à New York chez A. A. Wyn, l’entreprise de son oncle. Solomon persuada ce dernier de publier les mémoires de Burroughs. En Avril 1952, Wyn accepta de publier Junk. Le titre fut changé en Junkie, et Ginsberg, à la demande de Solomon, accepta d’écrire la préface autobiographique du livre.

« Prologue », le document que Burroughs écrivit à contrecœur au début du livre est une incroyable confession. En utilisant comme pseudonyme le nom de jeune fille de sa mère (William Lee) et en changeant certains noms et certains endroits dans son récit afin d’obscurcir son identité au maximum, il nous dévoile son histoire et nous donne les clés de son développement intellectuel. Il y décrit sa fascination précoce pour les criminels, et ses mésaventures avec un garçon, il fait allusion à son attirance pour Kells Elvins et à ses tourments sexuels à l’époque de Los Alamos, il donne également une idée précise de son opinion concernant ses douze années de psychothérapie, qu’il semble voir d’un mauvais œil.

L’auteur de Junky s’appelle donc William Lee, de manière à protéger la famille de Burroughs d’une mauvaise publicité. À part la distance entre l’auteur et le narrateur procurée par ce pseudonyme, la narration constitue l’autobiographie la plus conventionnelle de Burroughs, c’est-à-dire son livre le moins « inventif ». Burroughs y employa un style narratif linéaire dans le but de représenter précisément à la fois sa vie de junky et son état d’esprit de la fin des années 40 et du début des années 50. Junky est la description du développement de la dépendance aux drogues, laquelle conduisit le narrateur à se lancer dans de petits vols, à dealer pour pouvoir maintenir sa dépendance et à fuir New York City à cause de ses mauvais rapports avec la police. Même si la narration ne recommande pas l’héroïne (les horreurs de la dépendance et du manque son décrits avec une précision déconcertante), elle ne diffame pas Lee pour autant. En fait, ce dernier apparaît plutôt comme un modèle patriarche.

Au moment de l’écriture de Junky, Burroughs fut fortement influencé par les romans de détective, ce qui était déjà apparant dans le premier livre qu’il écrivit avec Jack Kerouac : And The Hippos Were Boiled In Their Tanks.


Ecrit en 1945 par Jack Kerouac & William S. Burroughs, publié 63 ans plus tard, le 01 novembre 2008

Burroughs essaya de rapporter les faits de ce qui lui était arrivé, de ce qu’il avait fait, et surtout, de ce qu’il avait vu et entendu. Avec une franchise inhabituelle, il décrivit purement et simplement sa toxicomanie et ses rencontres homosexuelles. La majorité des personnages ont pour origine les personnes qu’il a rencontrées au cours de sa vie :

« Herman » est Herbert Huncke (qui ne s’est jamais senti particulièrement flatté par ce passage) ; « Roy » est Phil White, alias « Le Marin » ; « Bill Gains » est William Garver ; « Le Vieil Ike » est David Tesorero ; « Lupita » est Lola la Chata ; et « Ma vielle femme » est Joan Vollmer Burroughs. Elle n’apparaît que quelques fois, mais toujours comme une personne qui apporte son soutien : c’est elle qui aida Burroughs à sortir de prison à la Nouvelle-Orléans et tenta de mettre un terme à sa fuite vers les drogues. À la fin du livre, en conclusion de son histoire, Burroughs écrit « Ma femme et moi somme séparés. » L’euphémisme reflète son incapacité mentale à aborder la tragédie de sa mort.

Burroughs écrivait Queer lorsqu’en mai 1952, Jack Kerouac vint lui rendre une visite de deux mois et devint son colocataire au 210 Orizaba. Mexico City Blues, de Kerouac fut écrit à cette époque. C’est à cette même période que Burroughs commença à coucher avec un jeune garçon Mexicain prénommé Angelo Porcayo, qu’il se rappela toujours comme quelqu’un de facile et d’affectueux. L’été de la même année, Bill Garver arriva des Etats-Unis et prit une chambre dans l’immeuble de l’Orizaba. Kerouac et Burroughs ne parvinrent pas à vivre ensemble au quotidien et Burroughs fut soulagé de voir Kerouac partir au mois d’Août. Burroughs continua à écrire à Marker en Floride, malgré il resta sans réponse. Ce dernier finit par descendre à Mexico à l’automne 1952. Sa visite fut courte ; Burroughs l’accompagna à Jacksonville et à Hollywood en Floride, où il revit Eddie Woods et Betty Jones. Ce fut pour lui la fin de ses dix-huit mois d’implications sentimentales pour Lewis Marker.

Couverture d’un livre publié en 2001 sur la vie du fils de William S. Burroughs. Photo prise en décembre 1952.

Burroughs continua sa route vers Palm Beach, pour y passer Noël avec ses parents et son fils Billy, désormais âgé de quatre ans. Dans ses lettres à Ginsberg, Burroughs expliqua qu’il comptait repartir incessamment au Panama et en Amérique du Sud, et qu’il espérait, ce qui allait s’avérer vain, que Marker le rejoignît. Bien que Burroughs ne pût l’annoncer à ses parents, Junky, son premier livre, allait être publier l’été suivant aux éditions Ace Books à New York. Mais il leur parla de son « voyage pour faire des recherches » à Puyo, et de ses projets de partir à nouveau. Mote et Laura acceptèrent de financer la nouvelle expédition de leur fils entêté en Colombie, ignorant que le yagé était le véritable objet de sa quête.

Imprimer cette page | mise à jour : 7 septembre 2013