William S. Burroughs

William S. Burroughs
http://theo.underwires.net/
1953 : Les Lettres du Yage

Burroughs partit en Janvier 1953. Durant son voyage qui dura sept mois, il écrivit de nombreuses lettres à Ginsberg au cours de son voyage de sept mois. L’absence de Marker créa un vide au sein de ses « routines » et désormais, la fonction de ses lettres était avant tout d’instruire et de faire plaisir à Ginsberg. À l’aide de certaines connaissances d’Harvard, Burroughs rencontra Richard Evans Shultes (« Dr. Schindler »), un éthnobotaniste Américain, qui l’assista dans sa quête. À la suite de plusieurs mésaventures (dont une arrestation à cause d’une erreur dans ses papiers et quelques rapports sexuels avec des garçons indigènes, lesquels avaient une fâcheuse tendance à voler) au début de l’été, Burroughs finit par réussir à localiser et à prendre de l’élixir de Yagé, dans la ville de Pucalpa, au bord de la rivière Putumayo. S’il cherchait une drogue capable d’accroître la télépathie entre deux âmes sœurs (comme lui et Marker, ou Ginsberg) et de leur apporter une union psychique, Burroughs fit à la place un voyage intérieur solitaire intensément hallucinogène.

Occupé à retranscrire ses notes de voyage sur une machine à écrire louée à l’heure, Burroughs passa quelques mois à Lima, au Pérou. Agé de trente-neuf ans, il avait fini par accepter son homosexualité, mais était toujours à la recherche du partenaire parfaitement télépathe, et ses sentiments pour Ginsberg (qu’il avait traité avec condescendance à l’époque de Columbia, alors qu’il avait 30 ans et Ginsberg 18) furent désormais son principal désir émotionnel. Au mois d’Août, il quitta Lima et partit en direction du Nord. Il traversa Panama City et retourna à Mexico, d’où il envoya à Allen son dernier épisode, un court texte qu’il appela « Retour à Mexico City. »

En Septembre 1953, Burroughs finit par quitter Mexico et se rendit à Palm Beach où ses parents tenaient un petit magasin de nouveautés appelé Cobblestone Garden et où ils élevaient Billy, désormais âgé de cinq ans. Sa visite fut très brève ; il partit rapidement rejoindre Ginsberg dans son appartement New Yorkais au 206r East 7th Street pour leurs premières retrouvailles depuis six ans. Mais Ginsberg avait changé : ce n’était plus un adolescent facilement impressionnable, il avait maintenant vingt-sept ans, et était plein d’assurance quant à son identité homosexuelle.


Burroughs qui "fait le pitre" (comme l’a écrit Ginsberg) dans l’appartement de ce dernier. Il lit une traduction des vers de St. Jean Perse.


Photo prise par William S. Burroughs lors de sa visite à Ginsberg en 1953. Photo prise sur le toit de l’appartement de Ginsberg, au 206 East 7th Street.

Bien qu’il aimât Burroughs, il n’en voulait pas comme amant. D’une certaine manière, leur amitié fut redéfinie plus clairement, et ils finirent alors l’édition des Lettres du Yagé vers la fin de l’année.


William Burroughs regarde Ginsberg le prendre en photo. Automne 1953 à New York.


Burroughs chez Ginsberg à l’automne 1953. Il travaille sur le manuscrit des Lettres du Yage.

William Burroughs (39 ans) et Allen Ginsberg (27 ans) au 206 East 7th Street, en 1953, pendant qu’ils travaillent sur les Lettres du Yagé


Allen Ginsberg, Lucien Carr & William S. Burroughs en 1953 à New York




William S. Burroughs & Jack Kerouac à New York en 1953. Photo prise par Allen Ginsberg dans son appartement.


William S. Burroughs et Alene Lee (qui tapa au propre les Lettres du Yage) sur l’appartement d’Allen Ginsberg à New York à l’automne 1953. Photo prise par Allen Ginsberg


William S. Burroughs et Alene Lee (qui tapa au propre les Lettres du Yage) sur l’appartement d’Allen Ginsberg à New York à l’automne 1953. Photo prise par Allen Ginsberg


Burroughs fait de la méditation dans l’appartement d’Allen Ginsberg, automne 1953.


Autmne 1953. Burroughs à côté d’un Sphinx dans l’aile égyptienne du Metropolitan Museum of Art à New York. Photo d’Allen Ginsberg

Le livre fut publié dix ans plus tard. Ce n’est pas, à proprement parler, un recueil de lettres, mais plutôt une nouvelle épistolaire, où la biographie de Burroughs subit encore une fois quelques variations de manière à obscurcir son passé : Le Missouri devient l’Ohio, St. Louis devient Cincinnati. Mais le développement le plus important est l’apparition des rêves de Burroughs au sein de son écriture et l’élaboration d’une nouvelle forme de « routines », plus poussée, mais ayant toujours pour base les récits qu’il faisait pour gagner l’amour de Marker. Par exemple, dans une lettre datée de Mai 1953, Burroughs décrit un rêve dans lequel des marins s’essuient le cul avec un traité et y joint la routine de la même veine : « Roosevelt Après Inauguration ».

Junkie fut publié au Printemps 1953, dans une certaine indifférence. Cependant, l’événement conféra une certaine notoriété à l’auteur au sein des cercles branchés de Greenwhich Village, dans des endroits comme le vénérable San Remo Bar, que Burroughs et Ginsberg fréquentaient à l’époque. Mais avec des droits d’auteur de seulement trois cents par exemplaire, Burroughs n’en tira pas beaucoup de profit. Le manuscrit de Yagé étant fini, Burroughs se sentit prêt à repartir. Il ne pouvait pas rester à New York avec Ginsberg, maintenant qu’il savait que son désir n’était pas réciproque. Un ami de Ginsberg, du nom d’Alan Ansen (un homme d’Harvard, plus jeune que Burroughs) s’apprêtait à partir en direction de la Méditerranée au début de l’année 1954.


William Burroughs et Alan Ansen devant le San Remo Bar à New York en 1953.

Burroughs décida de l’accompagner ; ceci allait être la première fois qu’il retournerait en Europe depuis dix-sept ans. Son passé était parsemé d’échec amoureux et d’efforts avortés ; sa femme était morte, le cercle de Columbia dissout, et presque tous ses anciens amis l’avaient quitté. Mais il avait toujours avec lui la rente de ses parents, et la certitude qu’il était devenu écrivain.

Imprimer cette page | mise à jour : 6 septembre 2013