William S. Burroughs

William S. Burroughs
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1954 : Tanger

En 1953, fin décembre, William Burroughs embarqua dans paquebot à destination de Rome, mais après seulement quelques semaines passées à Rome et à Venise, il déménagea à Tanger où Paul Bowles vivait, ce que Burroughs n’était pas sans savoir. Il avait lu Un Thé au Sahara. Les connaissances d’Alan Ansen lui parlèrent de cette ville partagée et de son environnement permissif réservé aux fumeurs de haschisch occidentaux et aux amateurs de garçons. Tanger était conjointement dirigée par les forces militaires et les gouvernements d’après-guerre de France, d’Angleterre, d’Espagne, et des Etats-Unis ; cette « Zone Internationale » allait muter dans l’œuvre de Burroughs en « Interzone, » le décor de ses écrits les plus prophétiques.


William S. Burroughs sur la plage à Tanger. Collage de Burroughs.

Burroughs fêta son quarantième anniversaire peu après son arrivée à Tanger. Il continua d’écrire : de longues lettres à Ginsberg, certaines envoyées, d’autres pas ; des journaux et des notes ; des esquisses d’histoire ; des articles destinés à être vendues à des magazines (aucun ne le fut). On le présenta à Paul Bowles, mais les deux écrivains n’accrochèrent pas du tout lors de leur première rencontre. Il rencontra Kiki, un garçon Espagnol qui lui offrit sexe et amitié sans aucune complication, à un faible prix. Burroughs fut soulagé, après ses poursuites désastreuses d’Anderson et de Marker, d’avoir un nouvel amigo dans sa vie. Il redevint dépendant à la came et Kiki l’aida à décrocher au Printemps, juste à temps pour une visite de son vieil ami Kells Elvins.


Kells Elvins à Tanger en 1954, collage de William S. Burroughs


William Burroughs à Tanger (Kells Elvins en bas à droite). Collage de Burroughs

Burroughs désira ardemment vivre un renouveau romantique avec Ginsberg. Ils correspondirent fréquemment ; en Automne, Burroughs prit la décision de lui rendre visite à San Francisco. Il voyagea en Septembre jusqu’à New York, puis passa deux mois à Palm Beach avec ses parents et Billy, alors âgé de sept ans.


Billy, le fils de William S. Burroughs à Palm Beach.

En Floride, Burroughs fut dévasté lorsqu’il reçut une lettre de Ginsberg, qui avait décidé de ne pas le recevoir en Californie. Le voyage à San Francisco fut annulé et Burroughs se retira à Tanger.

En écrivant continuellement, et à nouveau camé, Burroughs commença à envoyer à Ginsberg les premières pages de ce qu’il appelait Interzone, qui s’étendait sur les courtes esquisses qui allaient être publiés des années plus tard dans les « Journaux de Lee » : un récit continu à la première personne de ses habitudes et de ses cures, de ses routines et de ses propos de table, perdu en plein été dans le chaos des émeutes des nationalistes Arabes à Tanger. C’est également à cette époque qu’il rencontra son grand collaborateur, Brion Gysin—même si Burroughs ne l’apprécia guère au début. Gysin était un peintre et un restaurateur que Burroughs associait aux folles aux grands airs de Tanger. Il y avait dans le restaurant de Gysin, Les 1001 Nuits, des danseurs et des « Musiciens Maîtres » des hautes terres marocaines du Jojoka. Burroughs fut aussi initialement peu impressionné par les peintures de Gysin, qu’il vit à une exposition peu de temps après son arrivée à Tanger.


Brion Gysin pendant son époque tangéroise

Imprimer cette page | mise à jour : 6 septembre 2013