William S. Burroughs

William S. Burroughs
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1963-1964 : Les Lettres du Yagé enfin publiées

Au milieu de l’année 1963, tous de rendirent au Beat Hotel à Paris où Balch filma davantage, et Burroughs fit une représentation avant-gardiste d’un spectacle de son et lumière avec David Allen et Terry Riley. Au mois de juin, Burroughs déménagea à Tanger avec Sommerville et Portman ; ils habitèrent au 4 calle Larachi, dans le quartier Arabe.

Après une correspondance bourrelée de remords avec Mort, son grand frère surchargé, Burroughs accepta de prendre en main son fils avec lui à Tanger, et de l’inscrire à l’Ecole Américaine locale. Billy arriva en Juillet 1963, juste avant son seizième anniversaire. Il était ravi de vivre aux côtés de son prestigieux père à Tanger. Mais le jeune adolescent fut perturbé par l’homosexualité de son père et par ses deux colocataires plus jeunes. Burroughs offrit à Billy la liberté de fumer du hachisch et de jouer de la guitare, mais il réalisa en Décembre que la situation était trop pesante pour son fils, et peut-être aussi pour lui-même. La distance émotionnelle entre eux était au moins aussi grande que celle qui existait entre lui-même et son propre père.

Lorsque Billy retourna chez ses grands-parents en Floride en janvier 1964, Burroughs fit un voyage à Paris dans une tentative avortée de recevoir quelques milliers de dollars de redevances que Girodias lui devait. À peine deux mois auparavant, John Calder avait publié une sélection plutôt soft d’écrits de Burroughs tirés du Festin Nu, de La Machine Molle, et du Ticket, que Burroughs nomma Dead Fingers Talk—en apportant encore de nouvelles corrections aux extraits des deux derniers livres.

Et en Décembre 1963, City Lights publia les Lettres du Yagé, qui comprenait désormais un échange final de lettres entre Ginsberg (qui atteignit les pays montagneux du yagé sept ans après son mentor) et Burroughs (en pleine prophétie littéraire de sa période du cut-up).

De retour à Tanger, l’attention de Burroughs se concentra sur My Own Mag de Jeff Nuttall, une publication ronéotypée faite en Angleterre, qui publia des communiqués de Burroughs sous forme de collage dans 21 numéros entre 1964 et 1966. Cependant, tout n’allait pas pour le mieux dans sa vie privée ; Sommerville accostait des Arabes pour coucher avec eux, et comme ils vivaient dans la Casbah, cette activité évidente apporta l’opprobre de leurs voisins arabes—surtout les femmes, qui les harcelèrent ouvertement dans la rue. En Mai 1964, Burroughs commença finalement à gagner un peu d’argent avec ses livres, et lui et Sommerville déménagèrent dans un appartement-terrasse plus spacieux dans le bâtiment de la Lotería, dans le centre de Tanger.

Engagé par le magazine Playboy pour écrire un article à St. Louis, dans sa ville natale, Burroughs se rendit au Chelsea Hotel à New York en Décembre 1964. Sommerville voulut l’accompagner, mais il eut des problèmes de visa ; ceux-ci auraient pu être arrangés mais Barry Miles, un témoin oculaire, suggèra que Burroughs était disposé à s’éloigner de son ambivalence grandissante envers Sommerville. Ce fut un abandon subtil, qui allait hanter Burroughs pendant une décennie entière. Mais il eut peu de temps pour méditer dessus, parce qu’il apprit en Janvier que son père de soixante-dix-neuf ans venait de mourir soudainement à Palm Beach. Burroughs se rendit en Floride pour les funérailles. Laura semblait tenir tête au malheur plutôt bien ; Mort, toujours fidèle, et sa femme Miggy garderaient un œil sur elle, de leur maison de St. Louis. Burroughs retourna à New York, et loua un loft au 210 Centre Street.

Imprimer cette page | mise à jour : 1er décembre 2009