William S. Burroughs

William S. Burroughs
http://theo.underwires.net/
1972-1973 : Havre des Saints, Exterminateur ! & Bowie

Terry Southern (scénariste du Dr. Folamour de Stanley Kubrick) débarqua avec une nouvelle aventure : en Avril 1972, il emmena Burroughs faire un voyage enivrant à Hollywood, pour essayer de vendre les droits du Festin Nu à un producteur de jeux télévisés. Ce fut un échec, mais tout cet épisode détendit merveilleusement l’atmosphère et s’ajouta à la pile de tropes que Burroughs avait sur Hollywood. De retour à Londres, il commença à travailler sur un nouveau livre intitulé Havre des Saints, une suite aux Garçons Sauvages.


Edition française

Il assembla également pour Viking Press une collection de nouvelles qu’il appela Exterminateur !. Richard Seaver, son ancien éditeur, publia le livre en Août 1972.

Avec Balch, Burroughs continua à rencontrer des prostitués dans la rue, et à l’automne 1972, un type irlandais nommé John Brady, devint son amant. La bisexualité de Johnny, son manque de développement intellectuel et sa prédilection pour la violence lui rappelèrent Jack Anderson. Il ramenait des filles à l’appartement de Duke Street pour coucher avec elles, et menaçait Burroughs si celui-ci se plaignait. Burroughs ne se camait pas à l’époque, mais buvait beaucoup et il lui sembla difficile de faire quelques avancées artistiques ou financières. L’estime qu’il avait de lui comme écrivain, et comme « Papa gâteau, » fut très basse, mais il toléra cette situation humiliante.

Gysin avait présenté Burroughs à Sanche de Gramont (Ted Morgan), (un journaliste et un auteur issu d’une famille aristocrate française). Quand le magazine Oui invita Burroughs à la fin de l’année 1972 dans les montagnes marocaines de Joujouka, foyer des Maîtres Musiciens, de Graumont et Gysin se joignirent à l’expédition et Burroughs y amena John Brady. Brion Jones, des Rolling Stones, avait suivi les traces de Gysin à Joujouka, et il enregistra un album avec les Maîtres Musiciens. Le compositeur Robert Palmer se lia d’amitié avec Burroughs et Gysin à Joujouka, et ses compositions réifièrent plus tard le nexus des trois mondes : le rock ‘n’ roll, la littérature d’avant-garde, et la vieille musique transcendantale d’Afrique du nord.


Album de Brion Jones et des Maîtres Musiciens de Joujouka

De retour à Londres au printemps 1973, Burroughs collabora sur de nouveaux projets avec de jeunes artistes qu’il avait rencontrés. Avec Robert Gale, il écrivit une nouvelle illustrée intitulée The Book of Breething, une exploration des possibilités libératrices des langues anciennes basées sur des hiéroglyphes égyptiens ou mayas.

Et avec Malcom McNeill, Burroughs écrivit Ah Pook Is Here, un conte sur « M. Hart, » le magnat au cœur sale (inspiré de William Randolph Hearst, le Citizen Kane d’Orson Welles) qui part retrouver dans un temple Maya à Yucatán « les Livres » et défie la mort mais qui n’est finalement pas de taille à lutter contre « Ah Pook, le Destructeur. » Le livre illustré, Ah Pook, fut un concept en avance sur son temps ; les dessins en couleurs détaillées de McNeill, qui incorporaient le texte de Burroughs, furent trop coûteux à publier.

Quelques années plus tard, les magazines Metal Hurlant et Heavy Metal firent la percée des comics (romans graphiques), en s’inspirant pour leur nom de l’un des personnages de la trilogie du cut-up de Burroughs, « Le Môme en Métal Lourd (Heavy Metal Kid) »—une expression qui fut également adoptée par un genre de musique rock.

Avec Barry Miles, un écrivain, un éditeur, et un libraire qu’ils connaissaient au milieu des années soixante et qui tenait la galerie Indica et le journal underground International Times, Burroughs et Gysin assemblèrent une importante collection de leurs archives, qu’ils vendirent en 1973. Les récoltes de cette vente les sauvèrent tous les deux de l’insolvabilité. Burroughs emmena Johnny Brady en vacances dans l’île grecque de Spetsai en Septembre ; on peut retrouver des échos de leurs expériences dans les passages sur « Clem Snide » dans Cités de la Nuit Ecarlate. Ce voyage est d’une certaine manière équivalent à l’expédition de Burroughs avec Lewis Marker en Equateur, même si tout semblant d’attachement émotionnel fut couvert par l’alcool et le ressentiment après leur retour à Londres, où encore une fois Brady reprit le dessus.

Quand Allen Ginsberg rendit visite à Burroughs en Automne, il sentit que son vieil ami stagnait sévèrement : il buvait trop, n’écrivait pas assez et était incapable de se détacher de la position Londonienne qu’il avait maintenue depuis huit ans. Bradly était ouvertement insolent et menaçant et Ginsberg se résolut à intervenir d’une façon ou d’une autre. Il retourna à New York et s’arrangea avec le Département d’Anglais du City College de New York pour offrir à Burroughs un poste de professeur bien payé à compter du printemps 1974. Bien que Burroughs eût assez d’argent pour rester là où il était, il accepta ce changement de décor.


William S. Burroughs à Londres

Peu avant son départ de Londres, il rencontra le jeune chanteur David Bowie le 17 novembre 1973 qu’il interviewa pour le magazine Rolling Stones. L’article s’intitula : Beat Godfather : Bowie meets Burroughs. (disponible sur ce site dans la partie "Textes/Entretiens"-


David Bowie & William S. Burroughs (novembre 1973)


David Bowie & William S. Burroughs (novembre 1973)

Imprimer cette page | mise à jour : 9 mars 2010