William S. Burroughs

William S. Burroughs
http://theo.underwires.net/
1983 : l’Empire des Morts

69ème anniversaire de William S. Burroughs en 1983

{{}}

Burroughs décida d’acheter une maison en ville ; il choisit une petite maison blanche en bois près d’un ruisseau, dans le quadrant sud-est de Lawrence, sur Leonard Avenue. C’était une « maison en kit » de chez Sears & Roebuck datant de la fin des années 20. Il y avait derrière un âcre de jardin avec des arbres fruitiers et des broussailles de baies. De tous les chats de la Maison de Pierre, il apporta avec lui Ginger et Ruski. Au printemps, il réunit, non sans mal, assez d’argent pour acheter la maison et posséda donc, pour la première fois depuis 1948, des biens immobiliers. Travaillant dans sa chambre ensoleillée, Burroughs entama l’écriture des Terres occidentales—le nom égyptien du paradis après la mort.

Le roman commence avec l’exégèse du concept égyptien des « sept âmes ». Burroughs reprend la description de Mailer des âmes et la fait sienne. Après la mort, trois des âmes quittent le sujet, mais certaines restent pour le guider au sein de son périlleux voyage à travers le Duad—une rivière d’excréments—et à travers le purgatoire, l’Empire des Morts jusqu’aux Terres Occidentales de l’immortalité heureuse. Burroughs créé le nouveau personnage d’ « Hassan-i-Sabbah, » basé sur le prophète Chi’ite historique et Maître des Assassins, dont la vie et la philosophie captivèrent tant Burroughs et Gysin à Paris.

Dans ce livre, Burroughs confronte surtout la question persistante de l’immortalité, une préoccupation qui préfigurait déjà dans les monologues de Kim sur la mesa au début de Parages des voies mortes. Dans Les Terres occidentales, Hassan-i-Sabbah descend de sa redoute située en haut de la montagne, « Alamout, » pour errer dans les allées de Thèbes. La souffrance et la désillusion sont les thèmes centraux des Terres Occidentales. C’est avec nostalgie que Burroughs se retourne et regarde le point culminant de sa vie et de sa carrière : Paris, en 1959.

Paris à l’institut français de Paris en 1959. Photo : Brion Gysin

William S. Burroughs devant le théâtre de l’Odéon, Paris 1959. Photo : Brion Gysin

A Paris en 1959, photo prise par Brion Gysin

{{}}

A Paris en 1959, photo prise par Brion Gysin

{{}}

A Paris en 1959, photo prise par Brion Gysin

{{}}

A Paris près du Beat Hotel en 1959, photo prise par Brion Gysin

{{}}

A Paris en 1959, photo prise par Brion Gysin

{{}}

A Paris en 1959, photo prise par Brion Gysin

{{}}

Dans Cités de la nuit écarlate, Burroughs avait emmené ses lecteurs dans trois des six cités de la Nuit Ecarlate préhistorique : Tamaghis, « ville ouverte des partisans de l’opposition » ; Ba’dan, « abandonnée aux jeux d’argent et au commerce » ; et Yass-Waddah, « le bastion des femmes. »

Dans Parages des voies mortes, inspiré par sa reprise du tir au fusil à Boulder, il s’attarde sur des versions transposées au Far West de Ba’dan et de Yass-Waddah, « opposé l’une à l’autre par une rivière » (basé sur St. Albans, le pays de retraite de son enfance dans le Missouri), et introduit Waghdas, la ville universitaire. On y trouve également Naufrana et Ghadis, « les villes de l’illusion où rien n’est vrai et donc tout est permis, », mais l’action se passe principalement à Waghdas, l’équivalant de l’ancien Thèbes et de la ville universitaire qu’est Lawrence, où vit un Burroughs âgé : « Le voyageur doit commencer sa route à Tamaghis et faire son chemin à travers les autres cités dans l’ordre mentionné. C’est un long pèlerinage qui peut prendre plusieurs vies à effectuer. »

En 1983, Burroughs apporta sa voix à l’album Mister Heartbreak de Laurie Anderson, sur un monologue accompagné de musique sur une chanson appelée « Sharkey’s Night ». Sur une ligne de basse en staccato, presque militariste, Burroughs parle d’une nuit pleine de promesse pour son personnage — le réceptionniste d’un hôtel qui a abandonné son travail pour rejoindre les noceurs. C’est à cette époque que Burroughs commença à faire de plus en plus de rêves de ses vieux amis errant dans l’Empire des Morts. Le printemps 1983 vit deux nouvelles arrivées : en février, son frère, Mort, mourut d’une crise cardiaque à St. Louis, à l’âge de soixante-douze ans. Burroughs se rendit à St. Louis pour les funérailles et fut surpris par le fait d’être si affecté par le bref service religieux—ou était-ce de voir tellement de personnes de son enfance maintenant âgées, comme lui qui le toucha ? Burroughs dut repartir à nouveau en tournée, et c’est à San Francisco qu’il apprit que Tennessee Williams venait subitement de mourir à New York ; Burroughs sentit que, malgré la célébrité et la richesse, Williams ne reçut jamais la reconnaissance littéraire qu’il avait méritée, celle d’un des plus grands dramaturges américains.

Participation en 1983 à un documentaire sur Allen Ginsberg

{{}}

Mais la reconnaissance vint enfin à Burroughs : avec l’insistance de Ginsberg, il fut élu membre de l’Académie Américaine et de l’Institut des Arts et des Lettres. La cérémonie eut lieu à New York au cours de laquelle Burroughs siégea aux côtés d’autres éminents artistes et écrivains américains. Et lorsque Burroughs se rendit à Paris à l’occasion de lectures au printemps 1984, le ministre français de la culture le fit Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres. Dès lors, Burroughs porta l’insigne vert et blanc de son Ordre—juste en-dessous de la rosette or et pourpre de l’Académie Américaine à chaque cérémonie et ce jusqu’à la fin de sa vie.

Imprimer cette page | mise à jour : 24 juillet 2011