William S. Burroughs

William S. Burroughs
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1986-1987 : Les Terres Occidentales

En 1986, Burroughs fit une brève apparition dans la vidéo conceptuelle Home of the Brave de Laurie Anderson. Il y interpréta son partenaire de danse sur la chanson Language Is a Virus, même s’il avoua plus tard ne pas savoir danser le tango.

Au printemps, il repartit sur la route : Paris, Bourges, Hamburg, Brême et Berlin. A Paris, il sut qu’il allait sûrement dire au-revoir à son vieil ami Gysin pour la dernière fois. Deux mois plus tard, tandis que Burroughs refaisait ses valises pour retourner urgemment à Paris, Brion Gysin succomba à un cancer des poumons chez lui dans son appartement au 135 rue St. Martin, tout seul, aux premières heures du 13 Juillet. Burroughs encaissa difficilement la nouvelle. Il déclara ne jamais vouloir retourner à Tanger ou Paris, que l’âme des villes avait quitté les lieux avec le départ de Brion. Son travail sur Les Terres Occidentales ralentit considérablement et la publication, deux mois plus tard, d’une édition limitée de Entre Chats, accompagnée de huit dessins de chats de Gysin lui procura très peu de plaisir. Cette oeuvre posthume devint alors leur dernière collaboration. Burroughs entra dans une phase de profonde dépression.

Il reprit courage vers la fin de l’été, lorsqu’Allen Ginsberg lui rendit visite à Lawrence et resta une semaine chez lui. À l’automne, Burroughs reprit son travail sur Les Terres Occidentales. Sa peine suite à la mort de Gysin et les rêveries de ses années à Paris et à Tanger refirent surface dans le livre, y apportant une sombre note de perte et d’irrévocabilité. Gysin fut le plus grand collaborateur de Burroughs. Il finit son roman en suggérant qu’il n’écrirait plus jamais, citant T.S. Eliot : « Dépêchez-vous, s’il vous plaît, il est l’heure. »

Peu avant son 73ème anniversaire, Burroughs reçut le peintre Philip Taaffe à Lawrence. Tous deux créèrent une série de dessins collaboratifs et diverses préparations de « pots de peintures éclatés au fusil » sur du contreplaqué. Ce projet rappela à Burroughs la joie qu’il avait ressentie cinq ans auparavant en réalisant ses premières « peintures au fusil de chasse ».

William S. Burroughs & Philip Taaffe, Untitled

Au printemps 1987, Burroughs entama une période prolifique de création artistique qui dura huit ans. Il acheva également l’écriture des Terres Occidentales.

A Lawrence eut lieu la River City Reunion durant une semaine en septembre, événement au cours duquel beaucoup d’anciens amis arrivèrent du monde entier : Allen Ginsberg, Robert Creeley, John Giorno, Timothy Leary, Anne Waldman, Ed Sanders, Patti Smith, Keith Haring, et beaucoup d’autres.

Keith Harin, William S. Burroughs & John Giorno, septembre 1987

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William Burroughs et Keith Haring devant la maison de Burroughs à Lawrence, kansas, 1987

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Des citoyens de Lawrence à l’esprit « différent » furent invités à une série de conférences et les étudiants de l’université organisèrent avec enthousiasme diverses séances de poésie. Pendant une semaine, Lawrence devint le quartier général de la contre-culture de tout le pays.

En décembre, Burroughs se rendit à New York pour la publication des Terres Occidentales et pour sa première vraie exposition. Ses peintures au fusil de chasse furent exposées dans la galerie de Tony Shafrazi, au côté de dessins que Keith Haring réalisa pour Fault Lines, un projet de livre posthume que Haring avait prévu de faire avec Brion Gysin. Burroughs fut ravis de voir ses peintures se vendre.

Il retourna à Lawrence et passa l’hiver chez lui. À partir de ce moment, ses voyages allaient se faire plus rares et seraient exclusivement réservés à la promotion de son nouveau mode d’expression. Son retrait de l’écriture sembla final, comme un adieu ; comme en témoignait la dernière page des Terres Occidentales : « Le Vieil Ecrivain était allé au bout des mots, au bout de ce qu’il pouvait faire avec eux. »

Imprimer cette page | mise à jour : 22 septembre 2011