William S. Burroughs

William S. Burroughs
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1988-1989 : Pacte avec le diable...

En 1988-89, Burroughs essaya de ralentir le rythme—mais être en retraite ne lui sembla pas chose naturelle. Il voyagea et se rendit à des vernissages de peinture dans le monde entier, il entama une nouvelle période créative, dans l’univers du cinéma et de la musique.

En Octobre 1988, il se rendit à Portland dans l’Oregon pour jouer dans Drugstore Cowboy, le premier long-métrage de Gus Van Sant. Ce dernier, fan de Burroughs, avait basé son film d’étudiant The Discipline of D.E. sur la nouvelle éponyme de Burroughs. Lors d’une réunion dans la chambre d’hôtel de Burroughs au sujet de l’histoire, le « vieux junkie » fut abandonné au profit du « Père Tom Murphy, » une version de son personnage éprouvé de prêtre junkie dans « ‘The Priest,’ They Called Him ». « J’ai réécrit quatre scènes pour William, » se souvint Grauerholz, « et William y a apporté sa touche unique, l’imprimatur Burroughs ». Son personnage énigmatique mais au franc-parler attira l’attention sur sa profonde opposition à l’hypocrisie sinistre de la prétendue lutte contre la drogue.

Burroughs devint fasciné par les makis, et voyagea jusqu’en Caroline du Nord pour se rendre au Centre de Primate de l’Université de Duke. Son intérêt pour les prosimiens remontait aux années 40, mais il les vit désormais face à face. Il y avait quelque chose chez ses créatures, pas si éloignées de l’Homme, qui résonna dans le cœur et l’imagination de Burroughs, surtout dans le contexte de sa nouvelle implication émotionnelle envers ses chats. Il repensa à un personnage de Cités de La Nuit Ecarlate  : Le Capitaine Mission, un pirate libertaire et quasi historique du dix-septième siècle qui établit une colonie de pirates bisexuels sur le sous-continent de Madagascar, la patrie des makis.

Burroughs avait déjà écrit, vers la fin des Terres Occidentales, au sujet des leçons morales que ses chats lui avaient enseignées ; il écrivit alors une nouvelle intitulée L’ombre d’une Chance. Une édition limitée, accompagnée de dessins de George Condo, un ami de Burroughs, fut publiée en 1991 par le Musée Whitney. Il y décrivit l’ancienne fissure qui s’effectua entre un monde à la base innocent et le nôtre, fait de cruauté et de souffrance humaine. Ce texte montre aussi Burroughs se battre fortement avec l’héritage ambigu du Christianisme. Malgré son anticléricalisme enraciné, Burroughs ressentit de la tendresse envers les Catholiques depuis ses voyages en Amérique du Sud et Centrale, où les prêtres locaux lui avaient offert une hospitalité et une compagnie meilleures que les missionnaires Protestants. Mais il ne se convertit jamais à l’Eglise.

Hal Willner et Nelson Lyon arrivèrent à Lawrence fin 1988 et enregistrèrent la voix de Burroughs sur DAT pour l’album Dead City Radio. Bien qu’essentiellement parlés, certains récitals de l’album sont accompagnés de musique de divers artistes, tels que John Cale, Donald Fagen, Chris Stein du groupe Blondie, et Sonic Youth parmi beaucoup d’autres.

En 1989, le groupe Material enregistra un album intitulé Seven Souls. Le concept tourna autour des Terres Occidentales et émailla des passages lus à une forme de jazz fusion à l’intonation particulièrement orientale.

La même année, Robert Wilson et Tom Waits arrivèrent à Lawrence pour travailler avec Burroughs sur l’histoire de The Black Rider, un opéra postmoderne basé sur une légende populaire allemande du dix-huitième siècle racontant l’histoire d’un jeune soupirant qui parvient à se procurer les balles de revolver infaillibles du diable, mais au prix de la vie de sa bien-aimée. Burroughs passa une semaine à Hambourg pour travailler sur l’ébauche finale du libretto, et la première de Black Rider au Thalia Theater de Hambourg le 31 mars 1990 fut un succès. Tom Waits enregistra ses compositions pour la version studio qui sortit en 1993.

Robert Wilson, Tom Waits & William S. Burroughs

Burroughs écrivit le libretto en entier, il contribua aux paroles de beaucoup de chansons de Waits, et comme ce dernier l’écrivit dans le livret, il « [fournit] la branche à laquelle cette chose allait se balancer. Ses textes en cut-up et ce processus ouvert destiné à trouver un langage à cette histoire devinrent une rivière de mots dans laquelle je pus puiser. Il a trouvé certaines des branches de l’histoire, et les a fait évoluer en concepts métaphoriques de notre quotidien, qui, en fait, représentent les pactes que nous avons faits avec le diable. Ce qui est rusé avec ces pactes c’est que nous ne sommes pas conscients de les avoir faits. Et lorsqu’ils se réalisent, nous sommes choqués et surpris. » The Black Rider fit sa première américaine à l’académie de Brooklyn à New York et fut également représenté à Vienne, Paris, Amsterdam et Berlin.

Tom Waits & William S. Burroughs

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Tom Waits & William S. Burroughs

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Burroughs fit également sa dernière grande tournée en tant que peintre ; son collègue, José Férez, le conservateur d’Art ; organisa des expositions de Mars à Avril 1990 à Francfort, Hambourg, Rome, Paris et Londres.

Burroughs apparut dans un mini-clip du jeune réalisateur Gus Van Sant (Drugstore Cowboy), intitulé « A Thanksgiving Prayer ». Dans cet extrait, on voit Burroughs réciter sa propre version d’une prière de Thanksgiving. Le clip fut diffusé lors de la tournée Zoo TV du groupe U2, tournée gigantesque ayant pour thème le pacte avec le Diable, lequel fournit argent, gloire et prospérité.

Imprimer cette page | mise à jour : 23 janvier 2012