William S. Burroughs

William S. Burroughs
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1997 : Décès d’Allen Ginsberg et de William S. Burroughs

Burroughs fêta ses 83 ans en février 1997. Sentant que son cœur allait le laisser (la résultante de son héritage familial, son frère était mort onze ans auparavant), il gardait toujours sur lui des tablettes de nitroglycérine. Il fit en mars un examen pour un problème de valvule au cœur, mais les options chirurgicales ne l’intéressaient guère plus ; il songea à prendre une dose de kétamine, censée provoquer chez le patient une expérience proche de la mort, mais il conclut que la chose pouvait lui être fatale. Burroughs n’avait jamais approuvé l’idée du suicide, et ce encore moins depuis la douleur que la mort d’Emerton avait causée à son entourage. Il fut soulagé lorsque le projet de Leary de se suicider publiquement en direct sur Internet n’aboutit pas ; il ne croyait pas en un tel étalage, en une telle intervention.

Allen Ginsberg & William S. Burroughs

Début avril, Allen Ginsberg, dont la santé s’était aggravée depuis quelques années, l’informa au téléphone qu’on lui avait découvert un cancer du foie inopérable et qu’il ne lui restait plus que quelques mois à vivre—« mais probablement moins », ajouta-t-il, ce qui se confirma quelques jours plus tard lorsqu’il mourut dans sa maison de New York le 5 avril. Burroughs réagit de façon philosophique et répandit un sentiment de calme et d’acceptation au sein de son cercle d’amis. Ginsberg lui avait dit : « Je pensais que cela allait me terrifier—mais je me sens exultant ! » Burroughs avoua que cette remarque lui donna un regain de courage à l’approche de la mort.

Allen Ginsberg & William S. Burroughs

Le printemps et l’été 1997 furent assez remplis, principalement de visites. Burroughs continua d’écrire quotidiennement son journal à la main ; son arthrite l’empêchant de taper à la machine. Plus d’amis que d’habitude vinrent en ville et d’anciens camarades furent à nouveau les bienvenus.

Contrairement à ce qu’il fut dit, Burroughs ne fut jamais isolé à Lawrence ; au cours des seize années où il y vécut, il fit des dizaines de voyages et reçut chez lui plus de mille visiteurs. À cause de sa renommée et de la publication de son adresse, il reçut vers la fin de sa vie des nouvelles d’amis qu’il avait rencontrés à diverses époques, dans divers endroits. La petite-nièce de sa première femme, Ilse Klapper, envoya une photo d’Ilse, et la nouvelle de sa paisible mort au cours des années 80 ; cette information reposa l’esprit de Burroughs que cette question avait longtemps troublé.

C’est à cette même époque qu’il se rendit à Kansas City pour jouer dans le clip du groupe Irlandais U2 « Last Night On Earth », titre tiré de leur album Pop. Ce fut un important tournage qui nécessita l’arrêt de la circulation sur le périphérique de Kansas City pendant une journée entière. Dans la vidéo, Burroughs représente un vieillard-virus que la ville entière essaie de fuir. Ce fut sa dernière collaboration.

Aux alentours du 4 Juillet, il trouva son chat préféré, ce gros vieux Fletch, mort dans la cour près d’un petit étang, apparemment d’une crise cardiaque. Tout au long de l’année, ses chats disparurent : Spooner, qui succomba à une leucémie féline ; Senshu, balayé par les flots printaniers, Calico Jane, frappée par une voiture. De la chaise de sa chambre, où il lisait, écrivait et buvait des cocktails l’après-midi, il pouvait voir leurs tombes près de l’étang. La mort de Fletch fut la pire, et le chagrin de Burroughs fut tangible. Il exprima dans son journal son désir d’être réuni à sa famille.

James Grauerholz & William S. Burroughs

James Grauerholz passa la journée du 31 Juillet 1997 avec William Burroughs ; la dernière tournée de visiteurs avait quitté les lieux et malgré son énergie affaiblie, il était toujours ce même vieux Burroughs. Il était sorti le mardi précédant tirer au fusil avec des amis et grâce à une opération chirurgicale réussie à la cataracte au printemps, il visait mieux que jamais. Son arthrite l’indisposait, surtout à la main droite, celle avec laquelle il écrivait ; il avait passé sa vie à lire et à écrire et fatiguait vite. Mais il n’était pas infirme, ni incontinent, ni sénile. Le jeudi, William serra Grauerholz dans ses bras pour lui dire au revoir, comme à son habitude, et James le laissa avec trois de ses amis.

L’après-midi du vendredi 1er août, lorsque le peintre George Condo appela Burroughs pour lui dire que les peintures qu’ils avaient faites ensemble seraient exposées à New York en décembre, Burroughs lui répondit : « J’aspire à un peu de repos. » À seize heures, il fit une grave crise cardiaque. Dans le journal qu’il rédigeait, après une entrée datant du 1er Août dans laquelle il remarqua avec tristesse qu’il n’existait « aucune réponse finale, » il écrivit sur la page opposée, d’une main tremblante : « L’amour ? Qu’est-ce ? Le calmant le plus naturel qui soit. L’AMOUR. »

Tom Peschio, un ami proche passa chez lui juste à ce moment, il fit venir Grauerholz et une ambulance. Burroughs reçut rapidement l’aide d’auxiliaires médicaux qui le mirent sous calmants et l’hospitalisèrent au Memorial de Lawrence. Dean Ripa, son ami expert en serpents, accompagné de Tom et de Grauerholz veilla au chevet de Burroughs pendant vingt-quatre heures pendant lesquelles William ne dit pas un mot. Il cessa de respirer et mourut paisiblement à 6:50 du matin le 2 août 1997. Ses trois amis furent les seuls témoins. James Grauerholz exigea que personne ne dérangeât ni ne touchât son corps pendant plusieurs heures, comme le recommandent les Bouddhistes et l’équipe hospitalière fut très coopérative.

La nouvelle de sa mort se propagea rapidement dans le monde entier ; Burroughs était presque devenu littéralement immortel, et beaucoup de gens furent choqués d’appendre sa mort. Les funérailles à Lawrence auxquelles assistèrent plus de deux cents amis du défunt furent tristes et brèves. Selon son désir, il fut enterré dans le caveau familial au cimetière de Bellefontaine à St. Louis, aux côtés de son grand-père, l’inventeur ; de son oncle Horace, le drogué, de Mote, son père ; et de Laura, sa mère.

Imprimer cette page | mise à jour : 5 avril 2013