William S. Burroughs

William S. Burroughs
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Douleur

Bien souvent, ni la douleur, ni la mort ne m’atteignent. J’ai assisté à des centaines de corridas. Je n’éprouve rien pour le taureau. Le vieux qui a clapsé il y a quelques jours m’a fait chier, à geindre tant et plus. Il avait le regard abruti d’une vache malade. D’aucuns me qualifieraient d’insensible, mais a tort. Tout simplement, je distingue les gens intéressants des autres, et les critères quantitatifs m’indiffèrent. Si je partage la souffrance de quelqu’un, je la ressens dans toutes les fibres de mon être. Ça me déchire. En entendant à l’instant un enfant crier au rez-de-chaussée, j’en ai eu les larmes aux yeux. Je ne puis supporter de voir souffrir des enfants. Non, je n’aurais jamais pu être médecin. Je verserais des larmes sur un gosse en laissant crever dans le couloir des gens que je n’aime pas.