William S. Burroughs

William S. Burroughs
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Parution française de quatre livres de William S. Burroughs

Les Editions Christian Bourgois ont profité de leur nouvelle collection « Titres » pour sortir quatre livres de William S. Burroughs, dont un inédit en France.

Lettres, inédit en France, regroupe les lettres que William Burroughs envoya à Allen Ginsberg de 1945 à 1959 depuis Saint Louis, le Texas, la Nouvelle-Orléans, Mexico, Palm Beach, le Panama, Lima, la Bolivie, Rome, Tanger, New York, Londres, Venise, Copenhague et Paris. Livre extraordinaire, pour beaucoup le meilleur de l’auteur, cette correspondance suit les grandes étapes de la relation principalement épistolaire qu’il entretint avec Allen Ginsberg. La traduction française est de Gérard Georges Lemaire et Céline Leroy. Le ton est plutôt identique au texte d’origine, on regrettera seulement l’utilisation du mot « Numéros » pour « Routines », ce dernier existant d’ailleurs en français, on comprend mal le changement. Il aurait été judicieux de le garder au lieu de le changer pour une traduction fade et sans personnalité, dont l’unique effet est d’enlever au concept, les fameuses routines de Burroughs, et à l’auteur leur caractère subversif. Mis à part ce détail, Lettres est un pilier de l’œuvre de William S. Burroughs

Extrait :
« Je viens tout juste d’assister à l’émergence de ma personnalité non-homosexuelle comme une personnalité à part. Ca a commencé à Londres où je me vis en rêve entrer dans une chambre, je n’étais pas un enfant, mais un adolescent qui me regardait avec haine. Alors je dis, « J’ai l’impression de ne pas être tout à fait le bienvenu, » et il dit : « Non effectivement, tu n’es pas le bienvenu !!! Je te déteste ! » Et avec de bonnes raisons aussi. Imagine que tu aies gardé pendant vingt-cinq ans un jeune hétéro dans une camisole de chair, obligé de parler et d’agir comme un homosexuel ? T’aimerait-il ? Je ne pense pas. En tout cas, j’apprends à connaître le gosse, et on s’entend mieux. Je lui dis qu’il peut parfois prendre le dessus, mais il y a quelqu’un d’autre dans ce marché qui n’est pas vraiment considéré et le gosse n’est pas prêt à s’arranger avec lui, alors actuellement je dois rester dans les parages. En fait, bien sûr, le gosse et nous autres devons arranger une fusion. A ver.”

Lettres
Gérard-Georges Lemaire et Céline Leroy
ISBN : 9782267018776

Mon éducation : Une réédition d’un très bon livre de Burroughs, publié à l’origine en 1994. Ce livre, que Burroughs écrivit vers la fin de sa vie, regroupe une série de rêves et de remarques sur le monde et sur la vie passée de l’auteur. La traduction est la même que l’édition française de 1996. Malheureusement ! L’absence du sous-titre « Un livre des rêves » et de sa faute de français laisse cependant espérer que l’ouvrage a peut-être subi quelques corrections. Espérons-le ! Traduire « I present myself at the desk » par « Je me présente moi-même au comptoir. » relève de l’erreur de traduction, le myself étant déjà traduit dans le « me ». Le ton du livre d’origine est souvent absent. Conseil : lire la version anglaise.

Mon éducation
Sylvie Durastanti
collection Titres
ISBN : 978-2-267-01882-0
256 pages, 7€

Ultime Paroles : Burroughs avait une fascination pour les derniers mots, ceux de Jesse James par exemple. Il collectionnait même plusieurs livres sur le sujet. Agé de 82 ans et handicapé par l’arthrite, ce qui l’empêchait de taper à la machine à écrire, ses proches ont eu l’idée de lui donner des livres blancs : de novembre 1996 à fin juillet 1997, il y consigna son journal intime. New York, Mexico, Paris : W. Burroughs interroge une vie d’écriture, faisant référence entre autres à Shakespeare, Conrad et Yeats, Allen Ginsberg, Timothy Leary, Brion Gysin et ses chats bien-aimés dans un ultime effort pour décrypter et guérir le monde menacé par le mal, la bêtise, la conspiration internationale du mensonge, les extra-terrestres et les mille-pattes cauchemardesques. L’écriture s’affirme comme son arme et sa mission, la morphine comme le chemin qui l’aura mené à sa propre vérité. Ultime pirouette d’un éternel rebelle, Burroughs nous laisse un testament de garçon sauvage, sous la forme d’un cut-up naturelle créée par la vieillesse, son dernier journal de combat.

Ultimes paroles
Mona de Pracontal
collection Titres
ISBN : 978-2-267-01885-1
352 pages, 8€

Le scénario du Festin Nu : Réédition d’un livre rare. Très intéressant bien que Burroughs n’y ait pas du tout participé. En 1991, David Cronenberg, le réalisateur de La Mouche, eXistenZ, Crash, Spider, Vidéodrome et A History of Violence adapte Le Festin Nu à l’écran. Le résultat est un film qui puise de bien d’autres livres de Burroughs, dont Exterminateur, et de la vie même de l’auteur. On retrouve ici William Lee en cavale à Interzone, étrange mélange de Tanger et de New York, où il est engagé comme agent secret par une machine à écrire qui se métamorphose en cafard… Comme Burroughs, Lee tue accidentellement sa femme en lui tirant dessus. Comme Burroughs, Lee enquête sur la drogue, il est sauvé par un ou deux amis américains et il travaille à un roman qui deviendra… Le Festin nu.

Il aurait été intéressant de joindre à cette édition le documentaire « Naked Making Lunch » (52 min) de 1992, de Chris Rodley sur la réalisation du film, documentaire où Burroughs est finalement bien plus présent que dans cet ouvrage, malgré son nom figurant sur la couverture.

Le scénario du Festin Nu
Brice Matthieussent
collection Titres
ISBN : 978-2-267-01883-7
144 pages, 6€

Quatre bons livres, dont un inédit et un autre rare. On se demande cependant ce qui incite les éditions Christian Bourgois à choisir de si mauvaises traductions pour ces livres. Comment découvrir et étudier l’incroyable œuvre de William S. Burroughs si les textes, au lieu d’offrir la preuve d’un auteur possédé par le génie, le dépeignent comme un clown dont l’utilisation des mots n’a en somme rien de spectaculaire ?

Imprimer cette page | mise à jour : 6 février 2009