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	<title>William S. Burroughs</title>
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	<description>La vie et l'oeuvre de William Seward Burroughs</description>
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		<title>Les Voleurs</title>
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		<dc:creator>Th&#233;ophile</dc:creator>



		<description>LES VOLEURS Les &#233;crivains travaillent avec les mots et les voix de la m&#234;me fa&#231;on que les peintres travaillent avec les couleurs ; et d'o&#249; viennent ces mots et ces voix ? De plusieurs sources : conversations entendues et r&#233;entendues, films et &#233;missions de radio, journaux, magazines, oui, et les autres &#233;crivains ; il me vient &#224; l'esprit une phrase extraite d'une vieille histoire de western lue dans un magazine &#224; sensation il y a des ann&#233;es, ne sais plus o&#249; et quand : &#171; Il la regardait, essayant de lire (...)

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&lt;a href="http://theo.underwires.net/-Textes-Entretiens-" rel="directory"&gt;90. Textes / Entretiens&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong&gt;LES VOLEURS&lt;/strong&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;crivains travaillent avec les mots et les voix de la m&#234;me fa&#231;on que les peintres travaillent avec les couleurs ; et d'o&#249; viennent ces mots et ces voix ? De plusieurs sources : conversations entendues et r&#233;entendues, films et &#233;missions de radio, journaux, magazines, oui, et &lt;i&gt;les autres &#233;crivains&lt;/i&gt; ; il me vient &#224; l'esprit une phrase extraite d'une vieille histoire de western lue dans un magazine &#224; sensation il y a des ann&#233;es, ne sais plus o&#249; et quand : &#171; Il la regardait, essayant de lire dans son esprit - mais son regard demeurait froid, inexpressif, ind&#233;chiffrable. &#187; En voil&#224; une que j'ai plagi&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	La s&#233;quence du Greffier Municipal du &lt;i&gt;Festin Nu&lt;/i&gt; provient d'une rencontre avec le greffier de Cold Springs au Texas. C'&#233;tait en fait une &#233;laboration de son monologue qui me sembla tout simplement ennuyeux &#224; l'&#233;poque vu que je ne savais pas encore que j'&#233;tais un &#233;crivain. En tout cas, il n'y aurait jamais eu de Greffier Municipal si j'&#233;tais rest&#233; assis sur mon cul &#224; attendre &#171; mes propres mots &#187;. On a tous rencontr&#233; l'agent de publicit&#233; qui veut se sortir de la foire d'empoigne, qui s'enferme dans une cabane et &#233;crit le Grand Roman Am&#233;ricain. Je lui dis toujours : &#171; Ne te d&#233;connecte pas trop du monde, B. J. - tu pourrais en avoir besoin. &#187; Tant de fois me suis-je trouv&#233; coinc&#233; sur une ligne de mon r&#233;cit, pas moyen de voir dans quelle direction aller maintenant, lorsque quelqu'un d&#233;barque et me parle des poissons mangeurs de fruits du Br&#233;sil. &#199;a m'a fait tout un chapitre. Ou alors j'ach&#232;te un livre pour lire dans l'avion, et dedans se trouve la r&#233;ponse ; et il y a une jolie phrase aussi, &#171; de douces voix inhumaines &#187; . J'avais r&#234;v&#233; de telles voix avant de lire &lt;i&gt;Le Grand Saut&lt;/i&gt; de Leigh Brackett, et de tomber sur cette phrase.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Prenez la moustache surr&#233;aliste de Mona Lisa. Rien d'autre qu'une plaisanterie stupide ? Imaginez jusqu'o&#249; peut mener cette plaisanterie. J'avais travaill&#233; pendant cinq ann&#233;es avec Malcolm Mc Neill &#224; un livre intitul&#233; &lt;i&gt;Ah Pook Est Ici&lt;/i&gt;, et nous avons utilis&#233; la m&#234;me id&#233;e : Hieronymous Bosch &#224; l'arri&#232;re-plan pour illustrer les sc&#232;nes et les paysages tir&#233;s des manuscrits Mayas et transform&#233;s en homologues modernes. Ce visage dans le codex Maya de Dresde sera la serveuse dans cette sc&#232;ne, et l'on pourrait utiliser le Dieu Vautour ici. Bosch, Michel-Ange, Renoir, Monet, Picasso - volez tout ce que vous voyez. Vous d&#233;sirez une certaine lumi&#232;re pour votre paysage ? prenez-la chez Monet. Vous voulez un d&#233;cor des ann&#233;es 30 ? Utilisez Hopper.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Il en est de m&#234;me pour l'&#233;criture. Joseph Conrad a fait de superbes descriptions de jungles, d'eaux, de climats : pourquoi ne pas les utiliser au mot pr&#232;s comme arri&#232;re-plan dans un roman situ&#233; dans les Tropiques ? Raccords d'Untel, description et archives d'arri&#232;re-plans de Conrad. Bien entendu, vous pouvez aussi kidnapper les personnages d'un autre et les situer dans un d&#233;cor diff&#233;rent. Toute la gamme de tableaux, de livres, de musiques, de films est &#224; votre disposition. Prenez le soliloque de Molly Bloom et donnez-le &#224; votre h&#233;ro&#239;ne. De toute mani&#232;re, cela arrive tous les jours ; combien de fois nous a-t-on resservi Rom&#233;o et Juliette, et Camille a encaiss&#233; 40 millions pour son r&#244;le dans &lt;i&gt;Les Jeunes Amants&lt;/i&gt;. Alors allez-y franchement et plagiez en toute libert&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	C'est dans &lt;i&gt;Le Festin Nu&lt;/i&gt; que j'ai appliqu&#233; ce principe pour la premi&#232;re fois. L'interview de Carl Paterson par le Docteur Benway est model&#233;e sur la conversation de Razumov et du Conseiller Mikulin dans le roman de Conrad &lt;i&gt;Sous les yeux d'Occident&lt;/i&gt;. Pour &#234;tre plus pr&#233;cis, il n'y a aucune ressemblance entre Benway et Mikulin, mais la forme de l'interview, la manie qu'a Mikulin de ne pas finir ses phrases, son approche elliptique, et la conclusion de l'interview sont utilis&#233;s d'une mani&#232;re assez d&#233;finitive et consciente. &#192; l'&#233;poque, je n'en voyais pas encore toutes les implications.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Brion Gysin est all&#233; plus loin dans cette technique pour une sc&#232;ne non publi&#233;e de son roman &lt;i&gt;D&#233;sert D&#233;vorant&lt;/i&gt;. Il a pris &lt;i&gt;au mot pr&#232;s&lt;/i&gt; une partie d'un dialogue d'un roman de science-fiction et l'a utilis&#233; dans une sc&#232;ne similaire. (Le roman de science-fiction racontait l'histoire d'un savant fou qui avait invent&#233; un trou noir dans lequel il disparaissait.) J'&#233;tais, je l'avoue, quelque peu choqu&#233; par un plagiat si manifeste et &lt;i&gt;tra&#231;able.&lt;/i&gt; Je n'avais pas tout &#224; fait abandonn&#233; le f&#233;tiche de l'originalit&#233;, m&#234;me s'il est vrai que le sublime concept du vol int&#233;gral est implicite dans les cut-ups et le montage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Voyez-vous, j'avais &#233;t&#233; conditionn&#233; &#224; l'id&#233;e des mots comme &lt;i&gt;propri&#233;t&#233;&lt;/i&gt; - &#171; les propres mots &#187; de quelqu'un &#8211; et par cons&#233;quent &#224; une profonde r&#233;pugnance pour ce sombre p&#234;ch&#233; qu'est le plagiat. L'originalit&#233; &#233;tait la grande vertu. Je me souviens d'un gar&#231;on que l'on avait surpris en train de recopier un article de magazine pour &#233;crire sa r&#233;daction, et on parlait de ce cas horrible en murmurant . . . pour la premi&#232;re fois, ma conscience fut marqu&#233;e du sombre mot &#171; plagiat &#187;. Pourquoi, dans une histoire de Jack London, un &#233;crivain se tire-t-il une balle dans la t&#234;te, lorsqu'il d&#233;couvre qu'il a sans le vouloir plagi&#233; le travail d'un autre. Il n'avait pas le courage d'&#234;tre un &#233;crivain. Heureusement, j'&#233;tais fait d'une trempe plus s&#233;v&#232;re, ou tout du moins plus adaptable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Brion me fit remarquer que je volais depuis des ann&#233;es : &#171; D'o&#249; cela vient-il &#8211; &#171; un regard froid, inexpressif, ind&#233;chiffrable &#187; ? Et &#231;a &#8211; &#171; une autorit&#233; inflexible &#187; ? Et ceci &#8211; &#171; un type genre artiste, sans principes &#187; ? &#171; Et &#231;a &#8211; et &#231;a &#8211; et &#231;a ? &#187; Il me regarda s&#233;v&#232;rement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes un voleur honteux&lt;/i&gt; . . . un voleur qui s'ignore. &#187; Nous avons donc r&#233;dig&#233; un manifeste . . .&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i&gt;Les Voleurs&lt;/i&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sortez du placard et allez dans les mus&#233;es, les biblioth&#232;ques, les monuments architecturaux, les salles de concert, les librairies, les studios d'enregistrement et de cin&#233;ma du monde entier. Tout appartient au voleur inspir&#233; et d&#233;vou&#233;. Tous les artistes de l'histoire, des peintres des cavernes &#224; Picasso, tous les po&#232;tes et les &#233;crivains, les musiciens et les architectes, offrent leur ressac, l'importunent comme des marchands dans la rue. Ils le sollicitent &#224; travers les esprits d'&#233;coliers ennuy&#233;s, &#224; travers les prisons de la v&#233;n&#233;ration b&#233;ate, les mus&#233;es morts et les archives poussi&#233;reuses. Les sculpteurs tendent leurs bras de calcaire pour recevoir la transfusion g&#233;n&#233;ratrice de vie tandis que leurs membres disjoints sont greff&#233;s sur M. Am&#233;rique. &lt;i&gt;Mais le Voleur n'est pas press&#233;&lt;/i&gt;. Il doit s'assurer que la marchandise est de qualit&#233; et qu'elle convient bien &#224; ses projets avant de lui accorder la b&#233;n&#233;diction et l'honneur supr&#234;me de son vol.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les mots, les couleurs, la lumi&#232;re, les sons, la pierre, le bois, le bronze appartiennent &#224; l'artiste vivant. Ils appartiennent &#224; quiconque peut les utiliser. Pillez le Louvre ! &lt;i&gt;&#192; bas l'originalit&#233;&lt;/i&gt;, l'ego st&#233;rile et s&#251;r de soi qui emprisonne en m&#234;me temps qu'il cr&#233;e. Vive le vol - pur, effront&#233;, int&#233;gral. Nous ne sommes pas responsables. Pillez tout ce que vous voyez.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Burroughs : 10 ans apr&#232;s sa mort</title>
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		<dc:creator>Aur&#233;lien</dc:creator>



		<description>James Grauerholz est l'h&#233;ritier et l'ex&#233;cuteur testamentaire des biens de William S. Burroughs (maestro des Beats, auteur du &#8220;Festin Nu&#8221;, homo international, junky studieux, tueur de femme, dipl&#244;m&#233; d'Harvard, incontestablement un artiste am&#233;ricain). Grauerholz a v&#233;cu 30 ans avec Burroughs. Le magazine Street Level a retrouv&#233; Grauerholz dans un caf&#233;, le Pachamama, o&#249; l'homme nous fait part de ses souvenirs de Burroughs et des Beats&#8230; Pouvez-vous nous faire un bref r&#233;sum&#233; de votre vie ? Grauerholz : Je (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;James Grauerholz est l'h&#233;ritier et l'ex&#233;cuteur testamentaire des biens de William S. Burroughs (maestro des Beats, auteur du &#8220;Festin Nu&#8221;, homo international, junky studieux, tueur de femme, dipl&#244;m&#233; d'Harvard, incontestablement un artiste am&#233;ricain). Grauerholz a v&#233;cu 30 ans avec Burroughs. Le magazine Street Level a retrouv&#233; Grauerholz dans un caf&#233;, le Pachamama, o&#249; l'homme nous fait part de ses souvenirs de Burroughs et des Beats&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_97 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://theo.underwires.net/local/cache-vignettes/L500xH200/5-3-b5212.jpg' width='500' height='200' alt='JPEG - 57.6 ko' style='height:200px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;James Grauerholz &amp; William Burroughs
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvez-vous nous faire un bref r&#233;sum&#233; de votre vie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Grauerholz : Je viens du Kansas, de Coffeyville. Je suis venu &#224; l'Universit&#233; du Kansas de Lawrence &#224; la fin des ann&#233;es 60, puis suis all&#233; &#224; New York au d&#233;but des ann&#233;es 70. J'ai commenc&#233; &#224; travailler avec Burroughs en 1974 jusqu'&#224; sa mort en 97. Je suis revenu &#224; Lawrence en 1979, et me voil&#224; donc ici.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes responsable du d&#233;m&#233;nagement de William Burroughs &#224; Lawrence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&lt;i&gt;Rire&lt;/i&gt;) Responsable ? Doit-on me f&#233;liciter ou me bl&#226;mer ? L'id&#233;e semblait bonne &#224; l'&#233;poque. J'ai quitt&#233; New York parce que le glamour, ce n'est pas mon truc&#8212;le ph&#233;nom&#232;ne de la c&#233;l&#233;brit&#233; et de la gloire, &#224; quel point &#231;a peut d&#233;former la vie de la personne connue. Et m&#234;me si j'ai une part de responsabilit&#233; (de m&#233;rite ou de bl&#226;me) pour avoir rendu William plus connu, j'&#233;tais fatigu&#233; de voir &#224; quel point les gens &#233;taient aveugl&#233;s par l'image mentale qu'ils s'&#233;taient faite de Burroughs, &#224; qui il fallait absolument qu'ils parlent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'avez-vous fait pour accro&#238;tre la popularit&#233; de Burroughs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Encore une fois, je ne sais pas quelle part de m&#233;rite m'est due. Lorsqu'il est revenu aux Etats-Unis en Janvier 1974&#8230; il venait de passer 14 ans &#224; Londres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A son retour &#224; New York, c'&#233;tait un peu, &#8220;Oh, lui ? Il n'est pas mort ? &#187; Le renom de Burroughs n'&#233;tait pas r&#233;cent en 1974. Seulement quelques personnes avaient remarqu&#233; son retour. Il est revenu pour enseigner le temps d'un semestre &#224; CCNY (City College of New York)&#8212;Allen Ginsberg lui avait arrang&#233; &#231;a. Ca repr&#233;sentait un peu d'argent, ce dont il avait besoin, et quelque chose &#224; faire, un engagement aupr&#232;s des jeunes, etc. C'&#233;tait aussi une &#233;chappatoire de Londres. Je pense qu'Allen s'&#233;tait dit que la vie de William &#224; Londres &#233;tait une sorte de cul-de-sac. William buvait beaucoup, et il ne pensait qu'&#224; Piccadilly Circus, aux Dilly Boys, vous savez : des gigolos. Je veux dire, il avait des relations aussi, mais&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il abusait un peu de tout.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Effectivement. C'est marrant de dire &#231;a de William Burroughs, mais c'&#233;tait quelqu'un de tr&#232;s disciplin&#233;. Il faisait son possible pour &#233;crire tous les jours. Mais parfois, il essayait trop, et ce qu'il &#233;crivait n'&#233;tait pas&#8230; c'&#233;tait devenu conventionnel. Lui-m&#234;me pensait se trouver dans un cul-de-sac.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voici une histoire qui devrait vous plaire : Lorsque j'ai rencontr&#233; William, Allen Ginsberg m'avait donn&#233; son num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone pour que je le rencontre et qu'on d&#238;ne ensemble. Je venais d'arriver &#224; New York, en f&#233;vrier 1974. J'avais rencontr&#233; Allen une ann&#233;e auparavant lors d'un court s&#233;jour &#224; New York. Je leur avais &#233;crit des lettres de fan en 72, j'&#233;tais ici, &#224; Lawrence. Alors Allen m'a dit, &#171; Burroughs est l&#224; [&lt;i&gt;&#224; New York&lt;/i&gt;] Et je ne le savais m&#234;me pas en y allant. J'avais 21 ans &#224; l'&#233;poque. J'&#233;tais tr&#232;s excit&#233; &#224; l'id&#233;e de le rencontrer. Ginsberg savait que de tous les Beats, j'&#233;tais avant tout un admirateur de Burroughs et que je connaissais beaucoup leurs &#233;crits et leurs vies que j'avais &#233;tudi&#233;s. Je suis donc all&#233; rencontrer William, et, quand j'y repense, tout a commenc&#233; tr&#232;s vite. Nous avons d&#238;n&#233; dehors et bu quelques verres. Et environ deux semaines plus tard, il m'invitait &#224; vivre avec lui dans son loft au 452 Broadway qu'il sous-louait au peintre depuis d&#233;c&#233;d&#233; Michael Balog. C'&#233;tait un loft immense. &#8230; Je suis donc devenu le colocataire de William Burroughs. Et nous &#233;tions tr&#232;s proches&#8212;ce fut donc mon domicile pendant deux mois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour vous, qui &#233;taient les Beats ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ginsberg, Kerouac et Burroughs, pas n&#233;cessairement dans cet ordre. Les amiti&#233;s qu'ils ont eues, et le cercle qui a fusionn&#233; autour d'eux &#224; Columbia en 43, 44 et 45, pendant la deuxi&#232;me guerre mondiale, &#233;tait une combinaison chanceuse de diff&#233;rents milieux ethniques et culturels. Ils &#233;taient conscients de vouloir commencer une &#233;cole, ou un mouvement, ou une vague litt&#233;raire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourquoi les appelle-t-on les Beats ? &#171; Nous sommes la Beat Generation &#187; c'est Kerouac qui a rendu &#231;a populaire, m&#234;me si c'est &#224; John Clellon Holmes que revient l'invention du mot. Herbert Huncke, le raconteur junky, fut probablement celui qui ramena l'expression au sein du groupe. C'est une expression de la rue : &#171; Mec, j'suis carr&#233;ment beat &#187; [&#8230;] Il existe des hectares de sp&#233;culation sur la signification du mot, et de son origine. Et puis, bien s&#251;r, Kerouac a d&#233;barqu&#233; en disant : &#171; Et bien, c'est beat comme dans &#171; b&#233;atitude &#187;. C'est &#234;tre b&#233;atifi&#233;, la b&#233;atification. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autour de no&#235;l 1943, ils s'&#233;taient tous rencontr&#233;s, et je vous &#233;pargne les d&#233;tails de leur rencontre, mais il faut remarquer qu'ils venaient tous d'horizons diff&#233;rents. Ginsberg avait 17 ans, il venait de Paterson dans le New Jersey, il &#233;tait juif, c'&#233;tait un intellectuel avec de forts penchants socialistes, travaillistes ; sa m&#232;re Naomi Ginsberg &#233;tait communiste, etc. Kerouac venait de Lowell dans le Massachusetts. Il &#233;tait catholique, d'origine franco-canadienne, et ses influences litt&#233;raires de jeunesse &#233;taient Thomas Wolfe&#8212;c'est le genre de prose qu'il essayait de faire. Ginsberg avait 17 ans, Jack en avait 21 et William allait en avoir 30, en f&#233;vrier 1944. Il &#233;tait bien plus vieux ...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est Burroughs qui inventa ce qui devint les Beats. Il fut le vecteur principal, et je n'essaie pas de minimiser les contributions de Kerouac et Ginsberg, ou d'un des membres du cercle plus large des Beats. Mais William avait une &#233;ducation classique : il &#233;tait dipl&#244;m&#233; d'Harvard, il avait fait des &#233;tudes de m&#233;decine &#224; Vienne, de m&#233;decine, et d'anthropologie &#224; Harvard, et de psychologie &#224; Columbia. Il apporta au sein du groupe son savoir sur les lettres et la philosophie occidentale. Il apporta Voltaire, Jonathan Swift, P&#233;trone (Le Satiricon), Thomas Nashe (La Voyageur Malchanceux) et bien s&#251;r, Shakespeare &#224; n'en plus finir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Burroughs suivait les cours de Kittredge et Lowe &#224; Harvard, de grands universitaires sp&#233;cialistes de Shakespeare et Chaucer. Il a apport&#233; cette esp&#232;ce de satire et&#8230; un peu comme dans l'Eccl&#233;siaste qui se diff&#233;rencie de tous les autres livres de la Bible parce qu'en gros, il dit, &#8220;On vous a dit que la nature humaine &#233;tait bonne, ou au moins perfectible ? Balivernes. &#187; La nature humaine est, apparemment, malfaisante et b&#234;tement stupide. Et c'est amusant, un peu acerbe, c'est ce qu'on a plus tard appel&#233; l'humour noir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quelle mani&#232;re les Beats ont-ils influenc&#233; ou eu un impact sur la litt&#233;rature am&#233;ricaine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout d'abord, j'aimerais dire que j'ai un l&#233;ger probl&#232;me avec le concept des &#8220;Beats&#8221;. Ils sont si diff&#233;rents en fait. Ils n'ont &#233;t&#233; regroup&#233;s que selon certains facteurs comme leur propre l&#233;gendarisation, d&#233;lib&#233;r&#233;e, ils se voyaient comme des l&#233;gendes. Ils poss&#233;daient la vanit&#233; et la grandiloquence de la jeunesse. L'immortalit&#233;, l'ambition ; ils n'avaient pas conscience des limitations de la vie. La condition de la litt&#233;rature am&#233;ricaine &#233;tait telle que n'importe quel changement m&#232;nerait &#224; plus de libert&#233;, n'importe quel changement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etiez-vous initialement un inconditionnel des livres de Burroughs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis tomb&#233; sur &lt;i&gt;Le Festin Nu&lt;/i&gt; par hasard quand j'avais 14 ans. Et ce n'&#233;tait pas le premier livre d'humour noir, &#224; la satire tr&#232;s incisive, que j'avais lu, mais c'&#233;tait de loin le mieux. J'ai ador&#233;. Ca a chang&#233; ma vie. Je savais en le lisant que ma vie &#233;tait en train de changer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus tard dans sa vie, Burroughs est devenu une sorte de saint patron pour une certaine cat&#233;gorie de &#171; Rock &amp; Rollers &#187; : Patti Smith, Michael Stipe&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y avait un temps o&#249; Burroughs &#233;tait simplement Burroughs. Mais &#231;a a chang&#233;, tout cela a chang&#233; en novembre 1959, quand le Magazine Life a publi&#233; son article sur les Beats, article qui s'appelait, &#171; La seule R&#233;bellion Existante &#187;, c'&#233;tait un article sur Ginsberg, Kerouac et Burroughs, mais aussi d'autres, qui devront me pardonner de ne pas les mentionner, mais il y en a tellement. L'article &#233;tait l&#233;g&#232;rement d&#233;daigneux, arrogant mais aussi intriguant et faisait un peu dans le sensationnel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et lorsqu'il devint Burroughs, la l&#233;gende commen&#231;a &#224; se former autour de lui. C'&#233;tait le fruit d'une cr&#233;ation collaborative, et &#231;a l'est toujours. [&#8230;] Kerouac inclut Burroughs en tant que personnage dans ses livres, sous un autre nom ; c'est sa vision de William. Ginsberg (pas tant dans ses po&#232;mes qu'en g&#233;n&#233;ral) parle de Burroughs et promeut Burroughs. Il &#233;tait l'agent de Burroughs, c'est lui qui lui a d&#233;croch&#233; son premier contrat pour &lt;i&gt;Junky&lt;/i&gt;. Et je dois dire que, d'une certaine mani&#232;re, Burroughs a commenc&#233; &#224; jouer de sa l&#233;gende &#224; un moment donn&#233;, peut-&#234;tre &#224; partir du d&#233;but des ann&#233;es 60 &#224; Londres. Quant &#224; savoir s'il s'en rendait compte, je n'en sais rien, je n'y &#233;tais pas&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les ann&#233;es 60. Les &lt;i&gt;Swingin' '60s.&lt;/i&gt; La culture des jeunes &#233;tait fortement associ&#233;es aux groupes, et les groupes n'&#233;taient pas, dans l'ensemble, ce que nous, aux Etats-Unis, nous imaginons &#234;tre des groupes des ann&#233;es 60. Une bonne majorit&#233; sortait de Cambridge o&#249; il y avait beaucoup de compositeurs qui exp&#233;rimentaient les sons. M&#234;me McCartney assistait aux concerts de Karlheinz Stockhausen. McCartney s'int&#233;ressait &#224; la recherche musicale, comme chez John Cage ou le groupe Soft Machine de Robert Wyatt (nomm&#233; ainsi d'apr&#232;s un roman de Burroughs du d&#233;but des ann&#233;es 60). Ils venaient du rock progressif avant la lettre (avant qu'il soit appel&#233; ainsi) mais aussi psych&#233;d&#233;lique, avant qu'il soit nomm&#233; ainsi. C'&#233;tait psych&#233;d&#233;lique ; Pink Floyd &#233;tait psych&#233;d&#233;lique. Il y avait donc une sc&#232;ne musicale, et Burroughs &#233;tait l&#224; aussi, et il &#233;tait photog&#233;nique. Ses livres &#233;taient influents et on disait qu'il &#233;tait &#171; fou, mauvais et dangereux de le conna&#238;tre.&#8221; &lt;span class='spip_document_100 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:240px;'&gt;
&lt;img src='http://theo.underwires.net/local/cache-vignettes/L240xH240/2-3-f9508.jpg' width='240' height='240' alt=&quot;&quot; style='height:240px;width:240px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout cela &#233;tait excitant et attirant. C'&#233;tait un peu le nom &#224; placer, (tout comme beaucoup de gens disent adorer &#8220;Le Festin Nu&#8221; alors qu'ils ne l'ont jamais lu.), ce qui ne me d&#233;range pas franchement. Il existe une nouvelle &#233;dition d'ailleurs. Vous pouvez l'acheter et ne pas la lire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est plut&#244;t vrai. Si vous pr&#233;tendiez &#234;tre un peu cool, il fallait placer Burroughs dans la conversation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; C'&#233;tait le nom &#224; placer. L'exemple parfait en est la couverture de &lt;i&gt;Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band&lt;/i&gt;. C'est un collage de 150 visages de personnalit&#233;s, et William fait partie de celles qu'on voit le mieux. Et il y a beaucoup de personnalit&#233;s importantes&#8212;Terry Southern par exemple. [William] a apport&#233; beaucoup d'id&#233;es. Et il ne faut pas oublier une personne tr&#232;s importante dans tout cela&#8212;quelqu'un qui influen&#231;a &#224; la fois l'image de la personne de Burroughs et la fa&#231;ade, le concept, l'&#233;difice de l'oeuvre de Burroughs et son contenu, ce qu'elle repr&#233;sentait, et la sc&#232;ne musicale d'Europe, particuli&#232;rement &#224; Londres &#224; l'&#233;poque, c'est-&#224;-dire Brion Gysin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui &#233;tait un ami proche de Burroughs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et bien, oui, tous deux sont devenus bons amis. Gysin avait deux ans de moins que Burroughs. Burroughs a rencontr&#233; Gysin &#224; Tanger en 1954, quand il se rendit au Maroc pour la premi&#232;re fois. Leurs rencontres furent peu nombreuses et principalement arbitr&#233;es par leur ami commun, Paul Bowles. Ils ne s'appr&#233;ciaient pas beaucoup. Ils &#233;taient suspicieux et m&#233;prisants l'un de l'autre. Puis il s'est av&#233;r&#233; que Gysin et Burroughs &#233;taient tous les deux &#224; Paris d&#233;but 58 et ils devinrent amis. Ils habitaient tous les deux dans ce qu'on appelle le Beat Hotel au num&#233;ro 9 de la rue G&#238;t-le-C&#339;ur &#224; Paris. &lt;i&gt;Le Festin Nu&lt;/i&gt; fut publi&#233; en Ao&#251;t 1959 &#224; Paris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce sorti aux US au m&#234;me moment ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Il a fallu le faire entrer clandestinement, &#224; cause de la censure. Interdit &#224; Boston &#8212;le c&#233;l&#232;bre cas de Boston du &lt;i&gt;Festin Nu&lt;/i&gt; que le bureau de douane estima &#234;tre une marchandise de contrebande &#224; cause de son caract&#232;re obsc&#232;ne. Ils n'ont pas r&#233;ussi. La premi&#232;re &#233;dition am&#233;ricaine du &lt;i&gt;Festin Nu&lt;/i&gt; fut techniquement publi&#233;e en 1962, trois ann&#233;es plus tard, bien qu'elle ne fut pas distribu&#233;e avant 1966 &#224; cause des proc&#232;s. Barney Rosset et Grove Press se sont battus contre la censure litt&#233;raire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais au d&#233;but des ann&#233;es 60, Brion Gysin est &#224; Londres. C'est un personnage flamboyant qui conna&#238;t tout le monde, une sorte de Truman Capote : &#224; l'allure, la taille et au timbre vocal compl&#232;tement diff&#233;rent, mais avec la m&#234;me sorte de charisme. Et aussi, un raconteur extraordinaire. Une autre personne importante dans le c&#244;t&#233; musical de la carri&#232;re de Burroughs est Barry Miles, parce que Miles travaillait en partie pour l'Independent Times, un journal ind&#233;pendant vendu dans la librairie Indica, qui servait aussi de galerie d'art&#8212;o&#249; Miles pr&#233;senta John Lennon &#224; Yoko Ono, qui y faisait une performance. Miles a jou&#233; un r&#244;le important aussi dans le financement de Paul McCartney d'un studio d'enregistrement pour les projets de Ian Sommerville, le copain de Burroughs &#224; l'&#233;poque, un &#233;tudiant de Cambridge, qu'il avait rencontr&#233; juste apr&#232;s la parution du &lt;i&gt;Festin Nu&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais j'ai commenc&#233; &#224; parler de novembre 1959 parce que le jour o&#249; Burroughs fut interview&#233; par Life Magazine, Gysin d&#233;couvrit, ou red&#233;couvrit, la technique du cut-up. Le Collage et le facteur al&#233;atoire et les op&#233;rations de chance ont une longue histoire. Je peux vous en montrer dans les &#339;uvres de Swift et Dodson&#8212;Je veux dire Lewis Carroll&#8212;et, bien s&#251;r, chez Dada et le surr&#233;alisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand Gysin d&#233;couvrit cela, il pensa que c'&#233;tait une histoire fantastique&#8212;les op&#233;rations de chance appliqu&#233;es &#224; l'&#233;criture. C'&#233;tait une id&#233;e lourde de sens. John Cage, Earl Brown, et Marcel Duchamp sont quelques-unes des personnes qui repr&#233;sentent les op&#233;rations de chance en musique et dans les arts. Et ces id&#233;es furent tr&#232;s, tr&#232;s influentes&#8212;encore aujourd'hui. Et elles portaient un peu la marque Burroughs et Gysin, mais &#224; un moment donn&#233; la marque s'efface. A un moment donn&#233;, ces id&#233;es dont on disait, &#171; C'est du Burroughs &#187; sont devenus associ&#233;es aux artistes d'autres domaines qui les ont reprises, les ont adopt&#233;es&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En recevant ce m&#233;rite, Burroughs re&#231;oit aussi l'attention d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration de rebelles du monde de la musique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le voil&#224; donc &#224; New York en 1974, 1975, et peu &#224; peu les gens s'aper&#231;oivent que Burroughs est l&#224;. Et les cognoscenti s'appellent tous et br&#251;lent les lignes t&#233;l&#233;phonique : &#171; Burroughs est l&#224; ! &#187; Et les gens voulaient venir le voir pour le rencontrer. Et il a commenc&#233; &#224; donner des lectures en public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_101 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:240px;'&gt;
&lt;img src='http://theo.underwires.net/local/cache-vignettes/L240xH240/31KCX3HWBDL__AA240_-b6f07.jpg' width='240' height='240' alt=&quot;&quot; style='height:240px;width:240px;' /&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Je me souviens avoir lu &lt;i&gt;Avec William Burroughs : Notre agent au Bunker&lt;/i&gt; de Victor Bockris, il y a Presque 30 ans. Bockris avait &#233;t&#233; critiqu&#233; non seulement pour son style, mais aussi pour une certaine dose d'autoglorification. La mani&#232;re dont il d&#233;crivit le Bunker, on aurait dit la Factory en mieux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Effectivement. Tout d'abord, Victor Bockris est un bon ami. Nous sommes tr&#232;s proches. Je suis bien conscient, et lui aussi, de ces points de vus que vous venez de d&#233;crire. Tout cela remonte &#224; Andy [Warhol]. L'id&#233;e d'Andy &#233;tait que tout le monde &#233;tait c&#233;l&#232;bre et qu'on pouvait c&#233;l&#233;br&#233; le banal&#8212;et aussi l'id&#233;e que le glamour est contagieux, qu'il se r&#233;pand.
Tout cela &#233;tait un peu ironique&#8212;on conna&#238;t Warhol. Les gens qu'il appelait des &#171; superstars &#187; &#233;taient des Poulbots. Sans vouloir vexer ceux que je connais et qui sont encore vivants, Gerard Malanga par exemple. Ils marchaient tous aux amphets et se prostituaient, et Warhol a d&#233;clar&#233; : &#171; &lt;i&gt;These are the beautiful people&lt;/i&gt;. &#187; Et bien, c'&#233;tait tr&#232;s diff&#233;rent de Camelot, qui &#233;tait la base de l'&#233;mergence de Warhol. Bockris n'&#233;tait pas seulement un &#233;tudiant de la conception warholienne de la c&#233;l&#233;brit&#233;, il en r&#233;sonnait. Ce n'&#233;tait pas pr&#233;tentieux. Ce n'&#233;tait pas outrecuidant de faire de ces personnes des l&#233;gendes, des c&#233;l&#233;brit&#233;s. Ca faisait partie du jeu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors c'est s&#251;r, vous lisez &lt;i&gt;Notre agent au Bunker&lt;/i&gt; et vous aurez l'impression que c'&#233;tait constamment le lieu de rencontre des superstars. Et Victor a &#233;dit&#233; le livre de mani&#232;re tr&#232;s cr&#233;ative, c'est tr&#232;s hach&#233;, &#231;a a un c&#244;t&#233; best of. Les conversations de jours diff&#233;rents dans des lieux diff&#233;rents sont assembl&#233;es ensemble&#8212;c'est un peu sa marque de fabrique. Mais m&#234;me si on se limite au mat&#233;riel &#233;dit&#233; par Bockris, on voit le c&#244;t&#233; comique de toute la chose, un peu comme dans le film &lt;i&gt;Deux nigauds et les flics&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un exemple c&#233;l&#232;bre est lorsque Victor a amen&#233; Mick Jagger au Bunker pour qu'il rencontre William. Comme on dit, &#171; Il y avait eu de l'alcool &#187;, d'une chose, et Jagger &#233;tait de toute &#233;vidence assez parano&#239;de &#224; l'id&#233;e de devoir faire quelque chose. Et il y avait eu m&#233;sentente. Il est possible que William ait exag&#233;r&#233; la chose dans son esprit, mais il avait toujours eu le sentiment d'avoir offens&#233; les Rolling Stone lorsque ces derniers l'avaient invit&#233; au mariage de Mick et Bianca &#224; Gibraltar&#8212;o&#249; Burroughs s'&#233;tait d&#233;j&#224; rendu plusieurs fois. A ce moment-l&#224;, il vivait &#224; Londres, et ils ne lui ont pas offert le billet,&#8212;droit de seigneur, vous savez : &#171; S'ils me veulent l&#224;-bas, qu'ils m'envoient un ticket. &#187; Mais le revers de la chose &#233;tait que William &#233;tait fauch&#233;. Bref, il y avait eu cette petite histoire, pas grand-chose, en fait. Burroughs a inclus Mick dans ses livres. Je ne vais pas vous dire o&#249;. Il a fait de Mick un personnage central dans deux de ces livres les plus importants. C'est un secret bien connu, en fait&#8230;. (Mike Chase dans les livres &lt;i&gt;Cit&#233;s de la Nuit Ecarlate&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Parages des Voies Mortes&lt;/i&gt;, ndt.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Beaucoup d'&#233;crivains per&#231;oivent leur substance de choix sous les traits d'une muse. Avez-vous remarquez des changements dans l'&#233;criture de Burroughs, avant et apr&#232;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a deux choses que je pourrais dire en regard de l'attitude de William envers les drogues et son &#233;criture. Tout d'abord, il croyait fermement aux effets b&#233;n&#233;fiques et salutaires du cannabis, sous toutes ces formes. Il pensait que &#231;a contribuait, pas n&#233;cessairement &#224; son &#233;criture ou au processus de l'&#233;criture, mais au moins &#224; la production d'id&#233;es. Il disait, &#171; Je suis bloqu&#233;, je suis d&#233;prim&#233;&#8230; je prends quelques tafs, et voil&#224; toutes ces grandes id&#233;es qui d&#233;barquent. &#187; Bien s&#251;r, c'est la porte ouverte &#224; toute sorte de blague pour les gens de droite, du genre : &#171; De grandes id&#233;es, ah ah ! A la lumi&#232;re du jour, c'est un petit-d&#233;jeuner canin. &#187; Mais il trouvait que &#231;a accroissait ses pens&#233;es non cat&#233;goriques. Ca faisait tomber les barri&#232;res d'id&#233;es de son imagination.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant aux opiac&#233;s, la came comme il l'appelait, il n'aurait jamais dit que l'effet des opiac&#233;s &#233;tait une sorte de muse pour lui. Son int&#233;r&#234;t et sa connaissance du profil myst&#233;rieux, de la s&#233;duction et du charme des opiac&#233;es &#233;taient limit&#233;s, mais il ne les roman&#231;ait pas. Bon, un peu. Le seul truc concernant le r&#244;le de la came dans son &#233;criture c'est que, r&#233;trospectivement, de devenir junky et tout ce qui s'en suivit, &#233;tablit sa carri&#232;re, parce que cela lui donna un sujet sur lequel &#233;crire. Mais ce n'est que r&#233;trospectivement qu'on voit ces choses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il sera toujours question de savoir si Burroughs est un g&#233;nie litt&#233;raire du 20&#232;me si&#232;cle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai lu r&#233;cemment une critique de &lt;i&gt;The Yage Letters Redux&lt;/i&gt; une nouvelle version, restaur&#233;e, des &lt;i&gt;Lettres du Yag&#233;&lt;/i&gt;, &#233;dit&#233;e par le Dr. Oliver Harris. J'ai vu une critique dans The New Criterion qui &#233;tait si n&#233;gative, m&#233;prisante, insultante et hargneuse que &#231;a m'a amus&#233;&#8230;
Voil&#224; ce que vous pouvez faire du mot g&#233;nie, c'est une anecdote personnelle : En 1974, je suis all&#233; &#224; l'une de ces r&#233;unions de classe de la CCNY, Burroughs y donnait un cours d'&#233;criture cr&#233;ative. Et l'un des &#233;tudiants lui a demand&#233;, &#171; M. Burroughs, &#231;a fait quoi d'&#234;tre un g&#233;nie ? &#187; Et il a r&#233;pondu ; &#171; On s'y fait. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne se consid&#233;rait pas comme un g&#233;nie en toute grandiloquence, mais il savait tr&#232;s bien o&#249; se situer. On ne peut pas &#233;loigner Burroughs. Burroughs est&#8230; un nom qui perdurera.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_103 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://theo.underwires.net/local/cache-vignettes/L450xH359/b-rs-2_t450-808cc.jpg' width='450' height='359' alt=&quot;&quot; style='height:359px;width:450px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La m&#233;thode du cut-up de William S. Burroughs</title>
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		<dc:creator>Aur&#233;lien</dc:creator>



		<description>La m&#233;thode est simple. Voici une mani&#232;re de l'appliquer. Prenez une page. Comme celle-ci. Maintenant coupez-la au milieu. Vous avez quatre sections : 1 2 3 4... un deux trois quatre. Maintenant r&#233;arrangez les sections en pla&#231;ant la section quatre avec la section une et la section deux avec la section trois. Et vous voil&#224; avec une nouvelle page. Parfois la signification est presque la m&#234;me. Parfois c'est quelque chose de diff&#233;rent&#8212;d&#233;couper les (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La m&#233;thode est simple. Voici une mani&#232;re de l'appliquer. Prenez une page. Comme celle-ci. Maintenant coupez-la au milieu. Vous avez quatre sections : 1 2 3 4... un deux trois quatre. Maintenant r&#233;arrangez les sections en pla&#231;ant la section quatre avec la section une et la section deux avec la section trois. Et vous voil&#224; avec une nouvelle page. Parfois la signification est presque la m&#234;me. Parfois c'est quelque chose de diff&#233;rent&#8212;d&#233;couper les discours politiques est un exercice int&#233;ressant&#8212;, dans tous les cas vous vous rendrez compte que &#231;a veut dire quelque chose, et quelque chose de bien d&#233;fini. Prenez n'importe quel po&#232;te ou &#233;crivains que vous aimez. Ou des po&#232;mes que vous n'arr&#234;tez pas de relire. Les mots ont perdu de leur sens et de leur vie &#224; travers des ann&#233;es de r&#233;p&#233;tition. Maintenant prenez le po&#232;me et tapez des passages que vous avez s&#233;lectionn&#233;s. Remplissez une page d'extraits. Maintenant coupez la page. Vous voil&#224; avec un nouveau po&#232;me. Autant de po&#232;mes que vous d&#233;sirez. Autant de po&#232;mes de Shakespeare et de Rimbaud que vous le d&#233;sirez. Tristan Tzara a dit : &#171; La po&#233;sie est pour tout le monde &#187;. Et Andr&#233; Breton l'a appel&#233; un flic et l'a expuls&#233; du mouvement. Redites le encore : &#171; La po&#233;sie est pour tout le monde &#187;. La po&#233;sie est un endroit o&#249; vous &#234;tes libre de d&#233;couper Rimbaud et de vous retrouver &#224; la place de Rimbaud. Voici le cut-up d'un po&#232;me de Rimbaud :&lt;br&gt; &lt;br&gt; Visite de souvenirs. Seule ta danse et ta voix h&#233;bergent. Sur l'air de banlieue des abandons improbables... tout pin harmonique pour querelle.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Les grands cieux sont ouverts. Sinc&#233;rit&#233; de vapeur et tente crachant sang rire et p&#233;nitence saoule. &lt;br&gt; &lt;br&gt; Une promenade au parfum de vin ouvre une bouteille lente. &lt;br&gt; &lt;br&gt; Les grands cieux sont ouverts. Un clairon supr&#234;me la chair br&#251;lante des enfants &#224; embuer. &lt;br&gt; &lt;br&gt; Les cut-ups sont pour tout le monde. Tout le monde peut en faire. C'est exp&#233;rimental dans le sens o&#249; il faut le pratiquer. Tout de suite et ici. Ce n'est pas quelque chose dont il faut parler ou d&#233;battre. Les philosophes grecs supposaient de fa&#231;on logique qu'un objet deux fois plus lourd qu'un autre tomberait deux fois plus vite. &#199;a ne leur est pas venu &#224; l'esprit de pousser les deux objets hors de la table. Shakespeare Rimbaud vivent dans leurs mots. Coupez les lignes de mots et vous entendrez leurs voix. Les cut-ups sont souvent des messages cod&#233;s que seul le coupeur comprend. Du spiritisme ? Peut-&#234;tre. Certainement une am&#233;lioration des moyens d&#233;plorables habituellement utilis&#233;s qui consistent &#224; contacter des po&#232;tes &#224; l'aide d'un m&#233;dium. Rimbaud s'annonce, pour &#234;tre suivi par de la po&#233;sie atrocement mauvaise. Coupez les mots de Rimbaud et vous &#234;tes assur&#233; d'avoir au moins en face de vous de la bonne po&#233;sie, voire une apparition personnelle. &lt;br&gt; &lt;br&gt; Tout fait d'&#233;crire est en fait du cut-up. Un collage de mots lus entendus intentionnellement ou malgr&#233; vous. Quoi d'autre ? L'utilisation de ciseaux rend le processus explicite et sujet &#224; des extensions et &#224; des variations. De la prose classique et claire peut &#234;tre enti&#232;rement compos&#233; &#224; partir de cut-ups r&#233;arrang&#233;s. Le fait de couper et de r&#233;arranger une page de mots &#233;crits introduit une nouvelle dimension dans l'&#233;criture permettant &#224; l'auteur de faire des images une variation cin&#233;matographique. Les images changent de sens sous les ciseaux d'images d'odeur on passe &#224; une vue sonore un son sonore pour arriver &#224; du cin&#233;sth&#233;tique. C'est dans cette direction qu'allait Rimbaud avec ses voyelles de couleurs. Et son &#171; d&#233;rangement syst&#233;matique des sens &#187;. L'endroit de l'hallucination &#224; la Mescaline : de voir des couleurs de go&#251;ter &#224; des sons de sentir des formes.&lt;br&gt; &lt;br&gt; La m&#233;thode du cut-up offre aux &#233;crivains le collage que les peintres utilisent depuis soixante-dix ans. Les cam&#233;ras et les appareils photos aussi. En fait les facteurs impr&#233;visibles des passants et de la juxtaposition font de tous les plans de rue dans les films et sur des photos des cut-ups. Et les photographes vous diront souvent que leurs meilleurs clich&#233;s sont des accidents... les &#233;crivains vous diront la m&#234;me chose. Les meilleurs &#233;crits semblent &#234;tre faits par accident, mais les &#233;crivains avant que la m&#233;thode des cut-ups soit rendue explicite&#8212;tout &#233;crit est en fait un cut-up ; Je reviendrai &#224; ce point&#8212;n'avaient aucune mani&#232;re de produire l'accident de la spontan&#233;it&#233;. Vous ne pouvez pas vouloir la spontan&#233;it&#233;. Mais vous pouvez introduire l'impr&#233;visibilit&#233; et la spontan&#233;it&#233; avec une paire de ciseaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Burroughs &#224; Tanger de Paul Bowles</title>
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		<dc:creator>Aur&#233;lien</dc:creator>



		<description>Je vis Bill Burroughs pour la premi&#232;re fois en 1953, il marchait sous la pluie dans une rue secondaire de Tanger. Il &#233;tait sous H &#224; l'&#233;poque et n'avait pas l'air tr&#232;s en forme. Il est venu me voir l'ann&#233;e suivante pour me parler de quelques d&#233;tails concernant son contrat pour Junky, dans lequel il pensait s'&#234;tre fait avoir. J'avais la paratypho&#239;de et ne fus pas d'une grande aide. Ce n'est pas avant l'hiver 1955-56 que nous dev&#238;mes amis et commen&#231;&#226;mes &#224; nous voir (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je vis Bill Burroughs pour la premi&#232;re fois en 1953, il marchait sous la pluie dans une rue secondaire de Tanger. Il &#233;tait sous H &#224; l'&#233;poque et n'avait pas l'air tr&#232;s en forme.&lt;br&gt; Il est venu me voir l'ann&#233;e suivante pour me parler de quelques d&#233;tails concernant son contrat pour Junky, dans lequel il pensait s'&#234;tre fait avoir. J'avais la paratypho&#239;de et ne fus pas d'une grande aide. Ce n'est pas avant l'hiver 1955-56 que nous dev&#238;mes amis et commen&#231;&#226;mes &#224; nous voir r&#233;guli&#232;rement. Bien s&#251;r j'avais entendu parler de lui : on m'avait racont&#233; qu'il s'entra&#238;nait au tir dans sa chambre dans la M&#233;dina et tout le reste de la l&#233;gende. En apprenant &#224; le conna&#238;tre j'ai r&#233;alis&#233; que la l&#233;gende vivait en d&#233;pit de lui et pas &#224; cause de lui : il s'en fichait royalement.&lt;br&gt; Sa vie n'avait aucune organisation apparente, mais se sachant du genre addictif il avait choisi de s'instaurer une discipline int&#233;rieure automatique bien plus rigoureuse que toutes celles qu'il aurait pu s'imposer objectivement. Il vivait dans une petite chambre humide dont la seule porte donnait sur le jardin de l'h&#244;tel Villa Muniriya. L'un des murs de la pi&#232;ce, sa galerie de tir, &#233;tait gr&#234;l&#233;e de trous de balle. Un autre &#233;tait enti&#232;rement recouvert d'instantan&#233;s, dont la majorit&#233; avait &#233;t&#233; prise dans les sources de l'Amazone. J'aimais entendre des histoires sur ce voyage, et m'arrangeais toujours pour qu'il m'en parle longuement.&lt;br&gt; Aller l&#224;-bas avait fait partie de cette discipline qu'il s'&#233;tait impos&#233;e, puisque l'unique raison du d&#233;placement avait &#233;t&#233; d'essayer les effets d'une drogue locale appel&#233;e Yag&#233;, une concoction faite par les Indiens de la r&#233;gion, et qui doit &#234;tre prise sur place car son efficacit&#233; dispara&#238;t quelques heures apr&#232;s son brassage. L'int&#233;r&#234;t du Yag&#233; est qu'elle est, bien plus que toutes les autres, une drogue d'&#233;quipe, sa principale propri&#233;t&#233; &#233;tant qu'elle facilite la t&#233;l&#233;pathie mentale et provoque une empathie &#233;motionnelle parmi ceux qui en ont pris. Il insista sur le fait qu'elle rendait possible la communication avec les Indiens, bien qu'elle le rend&#238;t violemment malade.&lt;br&gt; Pendant les deux ann&#233;es o&#249; je vis Bill r&#233;guli&#232;rement &#224; Tanger, il ne prit que du kif, du majoun et de l'alcool. Mais il s'arrangea pour prendre de larges quantit&#233;s de chacun des trois. La poubelle sur son bureau et en dessous de celui-ci, sur le sol, &#233;tait chaotique, mais elle ne contenait que des pages du Festin Nu, sur lequel il travaillait constamment. Quand il en lisait des pages &#224; haute voix, dans n'importe quel ordre (n'importe quelle feuille qu'il attrapait faisait l'affaire) il riait beaucoup, ce qui est compr&#233;hensible, puisque c'est tr&#232;s dr&#244;le, mais il pouvait aussi se lancer, tout &#224; coup au cours de la lecture (le papier toujours en main) dans une attaque conversationnelle am&#232;re sur n'importe quel aspect de la vie que le passage `qu'il venait de lire lui avait &#233;voqu&#233;. Ce qu'il y a de mieux avec Bill Burroughs c'est qu'il est toujours sens&#233; et qu'il a toujours beaucoup d'humour, m&#234;me dans ses moments les plus corrosifs. Si vous tombez sur lui &#224; n'importe quel moment du jour ou de la nuit, vous vous rendrez compte que la machine enti&#232;re fonctionne &#224; plein r&#233;gime, et &#231;a veut dire qu'il rie ou s'appr&#234;te &#224; le faire. &lt;br&gt; J'ai remarqu&#233; qu'il d&#233;pensait plus d'argent pour la nourriture que la majorit&#233; de nous autres Tang&#233;rois ; peut-&#234;tre en a-t-il plus &#224; d&#233;penser-Je ne sais pas-mais le fait est qu'il met un point d'honneur &#224; bien manger, ce qui fait partie de sa volont&#233; de vivre &#224; tous moments comme il l'entend. (Gertrude Stein l'aurait d&#233;fini comme complaisant avec lui-m&#234;me : il est vrai que l'ombre m&#234;me du sentiment de culpabilit&#233; ne l'a jamais entrav&#233;, jamais.) Il suit sa route jouissant m&#234;me de ses infortunes. Je ne l'ai jamais entendu mentionner une exp&#233;rience qui le rendit plus que temporairement heureux. &#192; l'h&#244;tel Muniriya, il avait une bo&#238;te &#224; orgone de Reich dans laquelle il avait l'habitude de s'asseoir pli&#233; en deux, en fumant le kif. Je crois qu'il l'a fabriqu&#233; lui-m&#234;me. Il avait un petit po&#234;le dans sa chambre dans lequel il faisait cuire des bonbons de Haschisch, dont il &#233;tait tr&#232;s fier, et qu'il distribuait &#224; quiconque &#233;tait int&#233;ress&#233;.&lt;br&gt; Pendant les mois qu'Allen Ginsberg passa ici &#224; Tanger, lui et Bill avaient pour habitude de passer la moiti&#233; de la nuit assis, lanc&#233;s dans d'interminables disputes au sujet de la litt&#233;rature et de l'esth&#233;tique. C'&#233;tait toujours Bill qui attaquait l'intellect de tous bords, ce qui, je crois bien, est exactement ce qu'Allan voulait. C'&#233;tait assur&#233;ment une chose &#224; ne pas manquer, voir Bill tr&#233;bucher d'un coin &#224; l'autre de la pi&#232;ce, l'entendre hurler avec sa voix de cow-boy, le voir promener ses verres ici et l&#224; sans s'arr&#234;ter, avec l'index et l'annulaire, et deux ou trois cigarettes de kif allum&#233;es en m&#234;me temps mais dans diff&#233;rents cendriers qu'il utilisait un par un en faisant le tour de la pi&#232;ce.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;1959&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Kerouac de William Burroughs</title>
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		<dc:creator>Aur&#233;lien</dc:creator>



		<description>Jack Kerouac &#233;tait &#233;crivain. C'est-&#224;-dire qu'il &#233;crivait. Beaucoup de gens se disent &#233;crivains et ont leurs noms sur des livres, mais ils ne sont pas &#233;crivains et ne savent pas &#233;crire, &#224; la mani&#232;re d'un tor&#233;ador qui fait des passes sans taureau. L'&#233;crivain &#233;tait sur les lieux, sans quoi il ne pourrait rapporter les faits. Et par sa pr&#233;sence, il risque de se faire encorner. Je parle de ce que les Allemands appellent le Zeitgeist, l'esprit d'une &#233;poque. Par exemple, d'un monde fantomatique aussi fragile que (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jack Kerouac &#233;tait &#233;crivain. C'est-&#224;-dire qu'il &#233;crivait. Beaucoup de gens se disent &#233;crivains et ont leurs noms sur des livres, mais ils ne sont pas &#233;crivains et ne savent pas &#233;crire, &#224; la mani&#232;re d'un tor&#233;ador qui fait des passes sans taureau. L'&#233;crivain &#233;tait sur les lieux, sans quoi il ne pourrait rapporter les faits. Et par sa pr&#233;sence, il risque de se faire encorner. Je parle de ce que les Allemands appellent le Zeitgeist, l'esprit d'une &#233;poque. Par exemple, d'un monde fantomatique aussi fragile que l'&#226;ge du Jazz de Fitzgerald - tous ces jeunes hommes tristes, ces soir&#233;es pleines de lucioles, ces r&#234;ves hivernaux, fragiles, fragiles comme cette photo de lui prise lorsqu'il avait 23 ans - Fitzgerald, po&#232;te de l'&#226;ge du Jazz. Il l'a v&#233;cu, l'a &#233;crit et l'a rapport&#233; pour qu'une g&#233;n&#233;ration le lise, mais il n'en est jamais revenu. Une g&#233;n&#233;ration enti&#232;re d'itin&#233;rants est n&#233;e de Sur La Route de Kerouac, en route pour le Mexique, Tanger, L'Afghanistan, L'Inde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Qu'est-ce que les &#233;crivains, et je limite ce terme aux &#233;crivains de romans, essaient de faire ? Ils essaient de cr&#233;er un univers dans lequel ils ont v&#233;cu et dans lequel ils aimeraient vivre. Pour l'&#233;crire, ils doivent s'y rendre et se soumettre &#224; des conditions auxquelles ils ne s'attendaient peut-&#234;tre pas. Parfois, comme dans le cas de Fitzgerald et Kerouac, l'effet produit par un &#233;crivain est imm&#233;diat, comme si une g&#233;n&#233;ration attendait d'&#234;tre &#233;crite. Dans d'autres cas, il peut y avoir un lapse de temps. La science-fiction, par exemple, devient r&#233;elle d'une certaine mani&#232;re. En tout cas, en &#233;crivant un univers, l'&#233;crivain rend ce m&#234;me univers possible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Jusqu'&#224; quel degr&#233; les &#233;crivains peuvent vivre leur &#233;criture dans leur soi-disante vraie vie, et cela est-il utile pour leur art, sont des questions ouvertes. C'est-&#224;-dire, est-ce que vous donnez &#224; votre univers un aspect similaire &#224; la r&#233;alit&#233;, ou prenez-vous cette derni&#232;re et l'incluez dans le v&#244;tre ? Les gagnants n'en retirent rien. Par exemple, cette d&#233;termination qu'avait Hemingway de vivre les aspects les moins int&#233;ressants de son &#233;criture et d'&#234;tre en r&#233;alit&#233; son personnage, &#233;tait, &#224; mon go&#251;t, malheureuse pour son &#233;criture. D'une mani&#232;re assez simple, si un &#233;crivain veut absolument &#234;tre capable de faire, et de bien faire, ce que ses personnages font, il limite la gamme de ceux-ci.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Cependant, les &#233;crivains ont l'avantage de pouvoir faire les choses m&#234;me lorsqu'elles sont mal fa&#238;tes. J'&#233;tais &#233;t&#233;, pendant une petite semaine - le fait de repenser &#224; &#231;a me ram&#232;ne mon ulc&#232;re - un tr&#232;s mauvais assistant de pickpocket. J'ai d&#233;cid&#233; qu'une semaine suffisait, et que je n'avais pas la mani&#232;re, sinc&#232;rement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Me voil&#224; en train de marcher dans la sauvagerie du Brooklyn ext&#233;rieur avec le Marin apr&#232;s qu'un mooch (c'est ainsi qu'il appelait les ivrognes) nous ait surpris &#224; la sortie de Flatbush : &quot; Les flics ne vont pas nous louper&#8230; Il faut t'y pr&#233;parer. &quot; Je frissonnais et ne voulais pas m'imaginer la situation et d&#233;cidai sur le champ d'aller rendre mon exemplaire du Times, celui que j'utilisais pour le couvrir quand il glissait sa main. Nous utilisions toujours le m&#234;me exemplaire - il disait que les gens essaieraient de le lire et seraient perdus vu qu'il datait d'un mois, ce qui les emp&#234;cherait de nous voir. C'&#233;tait un philosophe quelque part, le Marin fut&#8230; Mais une semaine avait suffi avant que je ne re&#231;oive ce &#224; quoi je devais &quot; m'attendre. &quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;En voil&#224; un&#8230; Les lumi&#232;res jaunes, aussi. &quot; Nous nous cachons dans un terrain vague&#8230; En ce qui me concerne, comme je sais toujours &#224; quoi je ressemble de l'ext&#233;rieur, j'avais l'allure d'un navetteur terrifi&#233; qui agrippe son attach&#233;-case tandis que les Hell's Angels passent devant lui en faisant un bruit du tonnerre. En fait, il peut para&#238;tre l&#226;che de se tapir dans un terrain vague alors que j'aurais d&#251; me livrer &#224; l'exp&#233;rience et me faire tabass&#233; par un petit flic efflanqu&#233;, au visage tavel&#233; d'acn&#233;, qui monte la garde depuis sa voiture de patrouille, ses yeux marrons lui chauffant la t&#234;te - et bien, &#231;a n'aurait pas plu au Marin, tout comme un Chasseur Blanc n'aurait pas non plus appr&#233;ci&#233; qu'un client d&#233;barque et se fasse malmen&#233; par un lion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fitzgerald a dit un jour &#224; Hemingway, &quot; Les gens riches sont diff&#233;rents de toi et moi&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Oui&#8230; Ils ont plus d'argent. &quot; Et les &#233;crivains sont diff&#233;rents de vous et moi. Ils &#233;crivent. Vous ne rapportez pas une histoire si vous vous faites tuer. Un &#233;crivain ne devrait donc pas avoir honte de se cacher dans un terrain vague ou dans le coin d'une pi&#232;ce pendant quelques minutes. Il y est en tant qu'&#233;crivain et pas en tant que personnage. Il n'y a rien de plus &#233;lusif que le personnage principal d'un &#233;crivain, celui que le lecteur suppose &#234;tre l'&#233;crivain lui-m&#234;me, en train de faire les choses qu'il &#233;crit. Mais ce personnage principal n'est qu'un point de vue interpos&#233; par l'&#233;crivain. Le personnage principal devient en fait un autre personnage dans le livre, mais g&#233;n&#233;ralement plus difficile &#224; percevoir, parce qu'on le confond avec l'&#233;crivain. Il est l'observateur de l'&#233;crivain, souvent assez mal &#224; l'aise dans ce r&#244;le et incapable de justifier sa pr&#233;sence. Il est l'objet de doutes pour le monde des non-&#233;crivains, sauf s'il parvient &#224; les &#233;crire dans sa route.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Kerouac dit dans Vanit&#233; de Duluoz :&quot;Je ne suis pas &quot; Je suis&quot;, mais seulement un espion dans le corps de quelqu'un simulant ces jeux de sable enfantins, des gosses dans la prairie pr&#232;s de l'&#233;glise Sainte Rita.. &quot;Jack Kerouac en savait long sur l'&#233;criture lorsque je le rencontrai pour la premi&#232;re fois en 1944. Il avait 21 ans ; il avait d&#233;j&#224; &#233;crit un million de mots et &#233;tait compl&#232;tement vou&#233; &#224; son industrie. C'est Kerouac qui ne cessa de me dire que je devrais &#233;crire, et nommer le livre Le Festin Nu. Je n'ai jamais rien &#233;crit apr&#232;s le lyc&#233;e et ne me consid&#233;rais pas comme &#233;crivain, ce que je lui dis. &quot; Je n'ai pas de talent en &#233;criture. &quot; J'avais essay&#233; quelques fois, une page peut-&#234;tre. La relire me procurait toujours un sentiment de fatigue et de d&#233;go&#251;t, une aversion pour cette forme d'activit&#233;, &#224; la mani&#232;re de ce que doit ressentir un rat de laboratoire lorsqu'il choisit le mauvais chemin et se fait s&#233;v&#232;rement r&#233;primander par une aiguille en plein dans ses centres de d&#233;plaisir. Jack Kerouac persistait tranquillement &#224; me dire que j'avais du talent pour l'&#233;criture et que je devrais &#233;crire un livre appel&#233; Le Festin Nu. Ce &#224; quoi je r&#233;pondis, &quot; Je ne veux rien entendre de litt&#233;raire. &quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Essayer de se souvenir exactement o&#249; et quand cela fut dit est comme essayer de se souvenir d'un fatras de vieux films. Les ann&#233;es 40 me semblent remonter &#224; des si&#232;cles. Je vois ici un bar sur la 116e Rue, et une autre sc&#232;ne cinq ans plus tard dans un autre si&#232;cle : un marin au bar qui d&#233;bitait quelque chose sur une r&#233;plique du &quot; Festin Nu &quot; et nous accusa - Je crois qu'il y avait Allen Ginsberg, et John Kingsland - de faire une r&#233;f&#233;rence sarcastique &#224; la Marine Suisse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Kerouac &#233;tait dou&#233; dans ces situations, vu qu'il &#233;tait fondamentalement pacifique. Ou c'&#233;tait &#224; la Nouvelle-orl&#233;ans ou &#224; Algiers, pour &#234;tre plus pr&#233;cis, o&#249; je vivais dans une maison en bois pr&#232;s de la rivi&#232;re, ou &#233;tait-ce plus tard au Mexique au bord du lac dans le parc de Chapultepec... Il y a une &#238;le l&#224;-bas o&#249; des milliers de vautours sont perch&#233;s avec indiff&#233;rence. Cette vue me choqua, car j'avais toujours admir&#233; leur travail d'&#233;quipe a&#233;rien, certains qui volent &#224; quelques m&#232;tres du sol, d'autres qui tournoient en l'air, des petites taches noires dans le ciel - et lorsqu'ils rep&#232;rent de la nourriture, ils tombent &#224; torrents dans un entonnoir noir&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous sommes assis au bord d'un lac avec des tacos et des bouteilles de bi&#232;re&#8230; &quot; Le festin Nu est le seul titre, &quot; dit Jack. Je montrai les vautours du doigt. &quot; Ils ont abandonn&#233;, comme les vieux hommes de St. Petersbourg en Floride&#8230; Sortez de l&#224; et bousculez la charogne, bande de busards paresseux ! &quot; Je sortis brusquement mon 45 &#224; la crosse orn&#233;e de perles, j'en tuai six dans une pluie de plumes noires. Les autres vautours prirent la fuite dans le ciel&#8230; J'allais faire revivre ces moments avec Jack, et quelques autres sc&#232;nes qui apparurent plus tard dans le Festin Nu survinrent de ces actions. Quand Jack arriva &#224; Tanger en 1957, j'avais d&#233;cid&#233; d'utiliser le titre, et la majorit&#233; du livre &#233;tait d&#233;j&#224; &#233;crite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, pendant toutes les ann&#233;es o&#249; je connus Kerouac, je ne me souviens pas l'avoir vu vraiment &#233;nerv&#233; ou hostile. C'&#233;tait le genre de sourire qu'il faisait en r&#233;ponse &#224; mes objections, du genre que vous recevez d'un pr&#234;tre qui sait que vous finirez par venir &#224; J&#233;sus - &quot; Tu ne peux pas quitter l'Escadron de Shakespeare, Bill. &quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout petit, j'avais voulu devenir &#233;crivain. &#192; l'&#226;ge de neuf ans, j'ai &#233;cris quelque chose appel&#233; L'autobiographie d'un Loup. Cette premi&#232;re composition litt&#233;raire &#233;tait influenc&#233;e par - si fortement que &#231;a sentait le plagiat - un petit livre que je venais de lire intitul&#233; Biographie d'un Grizzly. Il y avait diverses vicissitudes, dont la perte de son compagnon bien-aim&#233;&#8230; &#192; la fin, ce pauvre vieil ours tra&#238;ne le pas jusqu'&#224; une vall&#233;e qu'il sait &#234;tre remplie de gaz toxiques, pr&#234;t &#224; mourir. Je vois l'image mentalement, toute en s&#233;pia, la vall&#233;e pleine de vapeurs nitreuses jaunes et l'ours qui marche comme un criminel r&#233;sign&#233; jusqu'&#224; la chambre &#224; gaz. Or il fallait que je donne &#224; mon loup une autre tournure, alors, attrist&#233; par la perte de toute sa famille, il rencontre un grizzli qui le tue et le mange. Plus tard il y eut quelque chose appel&#233; Carl Cranbury en Egypte qui n'a jamais d&#233;coll&#233;, vraiment&#8230; Un couteau luisait dans la sombre vall&#233;e. &#192; la vitesse de la lumi&#232;re Carl V. Cranbury saisit son automatique bleu en acier&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'&#233;crivis ces histoires p&#233;niblement et en clair, en faisant tr&#232;s attention &#224; mes notes. En fait, le processus de l'&#233;criture devint si p&#233;nible que je ne pouvais rien faire de plus pour Carl Cranbury, alors que se profilaient les Temps Obscurs - les ann&#233;es o&#249; je voulus &#234;tre tout sauf &#233;crivain. Un d&#233;tective priv&#233;, un barman, un criminel&#8230; J'ai mis&#233;rablement &#233;chou&#233; dans toutes ces vocations, mais un &#233;crivain ne pr&#234;te gu&#232;re attention au succ&#232;s ou &#224; la r&#233;ussite, mais uniquement &#224; l'observation et &#224; la m&#233;moire. &#192; l'&#233;poque je ne rassemblais pas de mat&#233;riel pour un livre. C'est juste que je ne faisais rien suffisamment bien pour en vivre. &#192; cet &#233;gard, Kerouac se d&#233;brouilla mieux que moi. Il n'aimait pas &#231;a, mais il le fit - il travailla sur les voies ferr&#233;es et dans les usines. Mon temps record dans une usine est de quatre semaines. Et j'eus la distinction de me faire vir&#233; d'une installation de d&#233;fense pendant la guerre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Kerouac s'est peut-&#234;tre mieux d&#233;brouill&#233; que moi parce qu'il consid&#233;rait ses interm&#232;des professionnels simplement comme le moyen d'acheter du temps pour &#233;crire. D&#238;tes-moi combien de livres un &#233;crivain a &#233;crit&#8230; On peut g&#233;n&#233;ralement supposer que dix fois ce nombre a &#233;t&#233; mis de c&#244;t&#233; ou jet&#233;. Et voil&#224; comment je me rappelle Kerouac - comme un &#233;crivain qui parlait des &#233;crivains ou qui restait assis dans un coin calme avec un carnet, occup&#233; &#224; &#233;crire en clair. Il tapait aussi tr&#232;s vite &#224; la machine &#224; &#233;crire. Vous sentiez qu'il &#233;crivait toujours ; que l'&#233;criture &#233;tait la seule chose &#224; laquelle il pensait. Il ne voulait jamais faire autre chose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si je donne l'impression de parler davantage de moi que de Kerouac, c'est parce que j'essaie de dire quelque chose sur le r&#244;le particulier que Kerouac a jou&#233; dans le sc&#233;nario de ma vie. Enfant, j'avais abandonn&#233; l'&#233;criture, peut-&#234;tre incapable de faire face &#224; tout ce qu'un &#233;crivain doit affronter : tous les mauvais textes qu'il devra composer avant de produire quelque chose de bon. Un exercice int&#233;ressant serait de rassembler tous les pires passages d'un &#233;crivain - ce qui ne fait que montrer la pression sous laquelle se trouvent les &#233;crivains pour mal &#233;crire, c'est-&#224;-dire, ne pas &#233;crire. Cette pression n'est, en partie, que le conditionnement que subit l'&#233;crivain depuis l'enfance pour penser (dans mon cas) comme un Am&#233;ricain Protestant et blanc ou (dans le cas de Kerouac) comme un Catholique Franco-canadien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#233;crivains ont en fait, d'une certaine mani&#232;re, beaucoup de pouvoir. Ils &#233;crivent le sc&#233;nario du film de la r&#233;alit&#233;. Kerouac ouvrit un million de caf&#233;s et vendit un million de paires de Levi's aux deux sexes. Woodstock est n&#233; de ses pages. Alors si les &#233;crivains pouvaient se regrouper dans une union tr&#232;s &#233;troite, nous tiendrions le monde juste par les mots. Nous pourrions &#233;crire nos propres univers, et ils seraient tous aussi r&#233;els qu'un bar ou qu'une paire de Levi's ou qu'un bal d'&#233;tudiants de l'&#226;ge du Jazz. Les &#233;crivains pourraient reprendre en main le studio de la r&#233;alit&#233;. Il faut donc les emp&#234;cher de d&#233;couvrir qu'ils peuvent provoquer &#231;a. Kerouac l'a compris bien avant moi. La vie est un r&#234;ve, disait-il.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &quot; Mon acte de naissance, les actes de naissance de ma famille, mes records athl&#233;tiques dans les coupures de presse que j'ai, mes carnets de note et les livres publi&#233;s ne sont pas du tout r&#233;els ; mes propres r&#234;ves ne sont pas des r&#234;ves mais tous les produits de mon imagination &#233;veill&#233;e&#8230; &quot; Ceci, alors, est le monde de l'&#233;crivain - le r&#234;ve rendu r&#233;el sur le papier, on peut presque le toucher, comme les fins de Gatsby le Magnifique ou de Sur la Route. Toutes deux expriment un moment qui fut adopt&#233; par une g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La vie est un r&#234;ve dans lequel la m&#234;me personne peut appara&#238;tre &#224; divers moments dans des r&#244;les diff&#233;rents. Des ann&#233;es apr&#232;s avoir rencontr&#233; Kerouac, un ami du lyc&#233;e et de l'universit&#233;, Kells Elvins, me dit &#224; maintes reprises que je devais &#233;crire et que je n'&#233;tais pas dispos&#233; &#224; faire autre chose. Lorsque je pr&#233;parais mon dipl&#244;me &#224; Harvard en 1938, nous &#233;criv&#238;mes une histoire en collaboration, intitul&#233;e Aux Derni&#232;res Lueurs du Cr&#233;puscule, que je r&#233;utilisai des ann&#233;es plus tard presque au mot pr&#232;s dans Nova Express. Nous jouions les r&#244;les, assis sur le bord du porche de la maison en bois blanc que nous louions, qui devint le lieu de naissance du Docteur Benway.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot; Tout le monde va bien ? &quot; cria-t-il, en s'asseyant dans le premier canot de sauvetage parmi les femmes. &quot; Je suis le docteur ! &quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des ann&#233;es plus tard &#224; Tanger, Kells me dit la v&#233;rit&#233; : &quot; Je sais que je suis mort et que tu l'es aussi&#8230; &quot; Tous les &#233;crivains sont morts, et tout &#233;crit est posthume. Nous sommes r&#233;ellement d'outre-tombe et d&#233;pourvus de commissions&#8230; (J'&#233;cris tout &#231;a pendant que j'y pense, &#224; la mani&#232;re dont Kerouac &#233;crivait.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1945 ou quelque chose comme &#231;a, Kerouac et moi collabor&#226;mes sur un roman qui ne fut jamais publi&#233;. Kerouac utilisa plus tard une partie des &#233;crits de cet opus perdu dans Avant La Route et Vanit&#233; de Duluoz. &#192; cette &#233;poque, le personnage gris et anonyme de William Lee prenait forme : Lee, qui est l&#224; depuis si longtemps, assez de temps pour voir et entendre ce dont il a besoin d'entendre et de voir pour quelques sc&#232;nes ou personnages qu'il utilisera 20 ou 30 ans plus tard dans son &#233;criture. Non, il n'&#233;tait pas l&#224; en tant que d&#233;tective priv&#233;, barman, cultivateur de coton, pickpocket, exterminateur ; il &#233;tait l&#224; dans sa capacit&#233; d'&#233;crivain. Ce n'est que plus tard que j'appris cela. Kerouac, semble-t-il, &#233;tait n&#233; avec cette notion. Et il me dit ce que je savais d&#233;j&#224;, ce qui est la seule chose qu'on puisse dire &#224; quelqu'un.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je parle du r&#244;le que Kerouac joua dans mon sc&#233;nario, et du r&#244;le que je jouai dans le sien dont on peut d&#233;duire les portraits &#233;nigmatiquement emphatiques de Hubbard/Bull Lee, qui s'adaptent facilement aux sc&#232;nes entre Carl et le Docteur Benway dans le Festin Nu. Kerouac a pu penser que je ne l'avais pas inclus dans ma distribution de personnages, mais il est bien s&#251;r l'anonyme William Lee comme d&#233;fini dans notre collaboration - un espion dans le corps d'un autre o&#249; personne ne sait qui &#233;pie qui. Assis sur le bord d'un porche, Lee &#233;tait l&#224; dans sa capacit&#233; d'&#233;crivain. Le Docteur Benway m'a alors dit ce que je savais d&#233;j&#224; : &quot; Je suis le docteur&#8230; &quot;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;William Burroughs (61-63 years old), The Adding Machine, 1975-1977&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Parrain de la Beat Generation : Bowie rencontre Burroughs </title>
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Londres, le 17 novembre 1973&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;William Burroughs (60 ans)&lt;/strong&gt; : Dessinez-vous tous vos mod&#232;les ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Bowie (27 ans)&lt;/strong&gt; : Oui, je contr&#244;le tout. Je ne peux pas laisser une autre personne faire quelque chose, parce que je trouve que je fais mieux les choses qui me sont destin&#233;es. Je ne veux pas que d'autres personnes s'amusent avec ce qu'elles croient m'imaginer faire. Je n'aime pas lire les choses que les gens &#233;crivent sur moi, parce que ce n'est pas leur profession de faire &#231;a. &lt;br /&gt;Les gens me regardent pour savoir ce qu'est l'esprit des ann&#233;es 70, au moins 50 % le font. Les critiques, je ne les comprends pas. Ils deviennent trop intellectuels. Ils ne connaissent pas grand-chose au langage de la rue ; alors, ils sont oblig&#233;s de faire leur boulot avec des dictionnaires et ils prennent plus de temps pour dire ce qu'ils veulent. J'ai fr&#233;quent&#233; une &#233;cole bourgeoise, mais je viens de la classe ouvri&#232;re. J'ai gard&#233; le meilleur des deux mondes, j'ai vu ces deux classes, alors j'ai une id&#233;e plut&#244;t juste de la mani&#232;re dont les gens vivent et pourquoi ils le font. Comment consid&#233;rez-vous l'image que les gens peignent de vous ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Ils essaient de vous cat&#233;goriser. Ils veulent voir l'image qu'ils se sont faite de vous, et s'ils n'y arrivent pas, ils se f&#226;chent. &#201;crire, c'est voir &#224; quel point vous pouvez faire qu'une chose se produise, c'est l'objet de tout art. Ils pensent qu'un homme d&#233;sire quoi d'autre, un pr&#234;tre pour une mission en laquelle il ne croit pas ? Pour moi, la chose la plus importante est que les artistes doivent prendre le contr&#244;le de cette plan&#232;te parce qu'ils sont les seuls &#224; pouvoir faire qu'une chose se produise. Pourquoi devrions-nous laisser ces putains de politiciens de presse prendre le pouvoir ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Je change beaucoup d'avis. D'ordinaire, je ne suis pas &#233;norm&#233;ment d'accord avec ce que je dis. Je suis un incorrigible menteur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Moi aussi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Je ne sais pas si c'est moi qui change d'avis, ou si je mens beaucoup. C'est quelque part entre les deux. Ce n'est pas exactement que je mens, mais je change constamment d'avis. Les gens me lancent toujours des choses que j'ai dites, alors je leur dis que je ne voulais rien dire en particulier. Vous ne pouvez pas vous en tenir &#224; une opinion pour toute votre vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Seuls les politiciens &#233;tablissent ce qu'ils pensent une fois pour toutes. Prenez un homme comme Hitler, il n'a jamais chang&#233; d'avis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Nova Express m'a vraiment rappel&#233; Ziggy Stardust, que je vais adapter sur sc&#232;ne. Il y a quarante sc&#232;nes et j'aimerais que les personnages et les acteurs apprennent des sc&#232;nes qu'on m&#233;langerait ensuite dans un chapeau et le jour de la repr&#233;sentation, ils les joueraient dans l&#8216;ordre du tirage. Tout &#231;a me vient de vous, Bill&#8230; Comme &#231;a, &#231;a changerait tous les soirs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : C'est une tr&#232;s bonne id&#233;e, un cut-up visuel dans une s&#233;quence &#224; chaque fois diff&#233;rente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Je m'ennuie tr&#232;s vite et cela me donnerait de l'&#233;nergie. Je suis plut&#244;t de la vieille &#233;cole, celle qui dit que lorsqu'un artiste cr&#233;&#233; son &#339;uvre, elle ne lui appartient plus&#8230; Je vois juste ce que les gens en font. C'est pourquoi l'adaptation-t&#233;l&#233; de Ziggy devra d&#233;passer les attentes des gens ou ce qu'ils s'imaginaient &#234;tre Ziggy.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Pouvez-vous nous dire quelle est votre image de Ziggy Stardust ? D'apr&#232;s ce que je vois, cela concerne le monde &#224; la veille de sa destruction qui est pr&#233;vue pour dans cinq ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Il reste cinq ann&#233;es avant la fin de la plan&#232;te. On a annonc&#233; que le monde finirait &#224; cause d'un manque de ressources naturelles. (L'album est sorti trois ans avant l'interview) Ziggy est dans la position de tous ces enfants qui ont acc&#232;s &#224; ce qu'ils ont toujours voulu penser. Les personnes plus &#226;g&#233;es ont perdu tout contact avec la r&#233;alit&#233; et les gosses se retrouvent tout seul et ils pillent tout. Ziggy &#233;tait dans un groupe de rock &amp; roll et les ados n'en veulent plus. Il n'y a plus d'&#233;lectricit&#233; pour en jouer. Le conseiller de Ziggy lui dit de collecter les informations et de les chanter, parce qu'il n'y a plus d'informations. Alors c'est ce que Ziggy fait et les infos sont terribles. All the young dudes est une chanson sur ces informations. Ce n'est pas un hymne &#224; la jeunesse comme le pensent les gens. C'est compl&#232;tement l'inverse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : D'o&#249; vient cette id&#233;e de Ziggy, et celle des cinq ann&#233;es ? Bien s&#251;r, l'&#233;puisement des ressources naturelles n'am&#232;nera pas la fin du monde. Le r&#233;sultat sera l'effondrement des civilisations. Et cela r&#233;duira la population de trois quarts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Absolument. Cela ne causera pas la fin du monde pour Ziggy. La fin arrivera quand les infinis d&#233;barqueront. Ce sont de r&#233;els trous noirs, mais j'en ai fait des gens parce qu'il serait tr&#232;s difficile d'expliquer un trou noir sur sc&#232;ne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Oui, un trou noir sur sc&#232;ne serait une grosse d&#233;pense. Et ce serait une repr&#233;sentation continue, qui commencerait par engloutir Shaftesbury Avenue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Les infinis conseillent &#224; Ziggy en r&#234;ve d'&#233;crire une chanson sur l'homme des &#233;toiles, alors il &#233;crit &#171; Starman &#187;, qui est la premi&#232;re nouvelle d'espoir que les gens entendent. Ils s'accrochent donc &#224; &#231;a. Les hommes des &#233;toiles dont il parle s'appellent les infinis, et ils sortent en sautant des trous noirs. Ziggy a parl&#233; de cet incroyable homme de l'espace cens&#233; descendre sur terre pour sauver la plan&#232;te. Ils arrivent quelque part dans Greenwich Village. Ils se moquent de tout et ne nous sont pas d'une r&#233;elle utilit&#233;. Ils se sont retrouv&#233;s par hasard dans notre univers en sautant d'un trou noir. Leur vie enti&#232;re consiste &#224; sauter d'un univers &#224; un autre. Dans le spectacle, l'un d'eux ressemble &#224; Brando, un autre &#224; un New-yorkais noir. J'en ai m&#234;me un qui s'appelle Fofolle le renard infini. &lt;br /&gt;Du coup Ziggy se met aussi &#224; croire &#224; tout &#231;a et se voit comme le proph&#232;te des futurs hommes des &#233;toiles. Il s'&#233;l&#232;ve aux hauteurs incroyables de la spiritualit&#233; et est gard&#233; en vie par ses disciples. Quand les infinis arrivent, ils prennent des morceaux de Ziggy pour devenir vrais parce que dans leur &#233;tat originel, ils sont faits d'anti-mati&#232;re et ne peuvent exister dans notre monde. Et ils le coupent en pi&#232;ce sur sc&#232;ne pendant la chanson &#171; Rock and Roll Suicide &#187;. D&#232;s que Ziggy meurt sur sc&#232;ne les infinis prennent ses &#233;l&#233;ments et se rendent visibles. C'est une fantaisie de science-fiction contemporaine et c'est ce qui a litt&#233;ralement frapp&#233; mon esprit quand j'ai lu Nova Express, qui fut &#233;crit en 1961. Peut-&#234;tre sommes-nous les Rodgers et Hammerstein des ann&#233;es soixante-dix, Bill !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Effectivement, je peux le croire. Les parall&#232;les sont d&#233;finitivement l&#224;, et &#231;a a l'air bien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Il me faut le tableau complet d'un spectacle. Je dois l'avoir totalement en moi. Je ne me contente pas d'&#233;crire des chansons, je veux que &#231;a soit tridimensionnel. &#201;crire des chansons en tant qu'art est un peu archa&#239;que maintenant. &#201;crire une chanson n'est pas suffisant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : C'est toute la performance qui compte. Ce n'est pas comme regarder quelqu'un assis en train de jouer du piano.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Une chanson doit avoir un personnage, une forme, un corps et influencer les gens &#224; un tel point qu'ils l'utilisent pour leurs propres m&#233;canismes. &#199;a doit les affecter non pas comme une simple chanson, mais comme un style de vie. Les Rock Stars ont assimil&#233; toutes sortes de philosophie, de styles, d'histoires, d'&#233;critures et ils balancent ce qu'ils en ont glan&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : La r&#233;volution viendra si l'on ignore l'existence des autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Vraiment. Aujourd'hui, on a des gens qui provoquent &#231;a d'une mani&#232;re bien plus rapide qu'avant. Les gens qui &#233;coutent des groupes comme Alice Cooper, les New York Dolls et Iggy Pop, qui ignorent totalement et irr&#233;vocablement l'existence des gens qui &#233;coutent les Stones et les Beatles. Le creux s'est r&#233;tr&#233;ci de dix &#224; 20 ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Le taux grimpant du changement. Les m&#233;dias en sont vraiment responsables. Ce qui produit un effet incalculable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : A une &#233;poque, m&#234;me quand j'avais 13 ou 14 ans, pour moi, on &#233;tait vieux entre 14 et 40 ans. En gros. Mais maintenant ce sont les 18 et les 26 ans, il peut y avoir de terribles d&#233;saccords ce qui est en fait assez alarmant. Nous n'essayons pas de rassembler les gens, mais de nous demander combien de temps il nous reste. Ce serait certainement ennuyeux si les pens&#233;es s'accordaient toutes. Cela m'int&#233;resse plus de savoir si la plan&#232;te va survivre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : En fait, c'est le contraire qui arrive ; les gens s'&#233;loignent de plus en plus les uns des autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : L'id&#233;e de rassembler les pens&#233;es me rappelle la p&#233;riode du Flower Power. Le rassemblement des gens que je trouve obsc&#232;ne en tant que principe. Cela n'est pas humain. Ce n'est pas une chose naturelle contrairement &#224; ce que certains veulent nous faire croire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Craig Copetas : Et l'amour ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Beurk.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Je ne suis pas &#224; l'aise avec le mot &#171; amour &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Moi non plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : On m'a dit qu'il &#233;tait cool de tomber amoureux, et ce n'en &#233;tait rien pour moi. J'ai donn&#233; trop de mon temps et de mon &#233;nergie &#224; une autre personne et ils ont fait pareil avec moi et l'on a commenc&#233; &#224; s'&#233;puiser. Et c'est &#231;a l'amour &#224; terme&#8230; Que l'on d&#233;cide de mettre toutes nos valeurs en une personne. C'est comme deux supports o&#249; chacun veut &#234;tre le support de l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Je ne pense pas que le mot &#171; amour &#187; soit tr&#232;s utile. Il est bas&#233; sur la s&#233;paration d'une chose qu'on appelle le sexe et d'une chose qu'on appelle l'affection. Comme les r&#233;cits primitifs du vieux Sud o&#249; la femme est sur un pi&#233;destal et l'homme la v&#233;n&#232;re puis sort pour baiser une pute. C'est principalement un concept occidental qui s'est &#233;tendu avec ce truc dans le Flower Power qui consiste &#224; aimer tout le monde. Et bien. Vous ne pouvez pas faire &#231;a parce que les int&#233;r&#234;ts ne sont pas les m&#234;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Le mot est faux, j'en suis s&#251;r. C'est la mani&#232;re dont vous comprenez l'amour. L'amour que vous voyez parmi les gens qui disent, &#171; Nous nous aimons, &#187; c'est agr&#233;able &#224; voir, mais vouloir ne plus &#234;tre seul, vouloir avoir une personne &#224; qui ils puissent se rattacher pendant quelques ann&#233;es, ce n'est pas l'amour qui dure &#224; travers les vies de ces gens. Il y a un autre mot. Je ne suis pas s&#251;r que ce soit un mot. L'amour correspond &#224; toute sorte de relation auxquelles on pense. Je suis s&#251;r qu'il signifie relation, toute sorte de relation auxquelles on pense.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Copetas : Et la sexualit&#233; : o&#249; m&#232;ne-t-elle ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : La sexualit&#233; et l'endroit o&#249; elle m&#232;ne est une question extraordinaire, parce que je la ne vois pas mener o&#249; que ce soit. Elle est avec moi, un point c'est tout. Elle ne sort pas comme une nouvelle campagne de publicit&#233; annuelle. Elle est tout simplement l&#224;. Tout ce &#224; quoi vous pensez en mati&#232;re de sexualit&#233; est l&#224;. Peut-&#234;tre y a-t-il diff&#233;rentes sortes de sexualit&#233;, peut-&#234;tre seront-elles mis au grand jour. Comme &#224; une &#233;poque, il &#233;tait impossible d'&#234;tre homosexuel d'une mani&#232;re publique. Aujourd'hui, c'est accept&#233;. La sexualit&#233; ne changera jamais parce que les gens ont bais&#233; chacun &#224; leur mani&#232;re depuis la nuit des temps et continueront &#224; agir ainsi. Seul d'autres mani&#232;res feront surface. Cela pourrait m&#234;me atteindre un &#233;tat puritain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Il y a certaines indications qui montrent que cela pourrait &#233;voluer ainsi dans le futur, un vrai retour en arri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Oh oui, regardez le business du rock. Ce pauvre vieux Clive Davis. On l'a retrouv&#233; en train de s'enfuir avec de l'argent et il y avait aussi de la drogue m&#234;l&#233;e &#224; tout &#231;a. Et ca a commenc&#233; avec une grande campagne de nettoyage au sein des maisons de disque, ils commencent &#224; se d&#233;barrasser de leurs artistes.
&lt;br /&gt;Beaucoup de gens me voient comme quelqu'un d'asexu&#233;. Et les gens qui me comprennent sont plus proches de ce que je comprends de moi. Ce qui n'est pas grand-chose parce que je cherche toujours. Je ne sais pas, les gens qui se trouvent proches de l'&#233;tat dans lequel je suis me consid&#232;rent plus comme une esp&#232;ce de chose &#233;rog&#232;ne. Mais les gens qui ne me connaissent pas beaucoup me voient plus d'une mani&#232;re sexuelle. Mais l&#224; encore, cela vient peut-&#234;tre d'un d&#233;sint&#233;r&#234;t du sexe apr&#232;s un certain &#226;ge, parce que les gens plus proches de moi sont g&#233;n&#233;ralement plus &#226;g&#233;s. Et ceux qui me voient plus comme un objet sexuel sont g&#233;n&#233;ralement plus jeunes. Les jeunes comprennent les paroles d'une mani&#232;re diff&#233;rente ; ils ont une compr&#233;hension plus tactile, ce que je pr&#233;f&#232;re. Parce que c'est comme &#231;a que je r&#233;ussis &#224; &#233;crire les paroles, surtout celles tr&#232;s William B. Je ne peux pas dire que j'analyse tout et que c'est exactement ce que vous d&#238;tes, mais d'un point de vue purement sensible, j'ai compris ce que vous &#233;crivez. C'est l&#224;, tout un univers magique peupl&#233; de formes et de couleurs &#233;tranges, de go&#251;ts, de sentiments. Je dois vous dire que jusqu'&#224; r&#233;cemment, je n'ai pas &#233;t&#233; un lecteur avide de l'&#339;uvre de William. Je n'ai pas vraiment d&#233;pass&#233; Kerouac pour &#234;tre honn&#234;te. Mais lorsque j'ai commenc&#233; &#224; regarder votre &#339;uvre, je ne pouvais pas y croire. Surtout apr&#232;s avoir lu Nova Express, je me suis vraiment retrouv&#233; dans celui-l&#224;. Mon ego a &#233;videmment surtout appr&#233;ci&#233; le chapitre Couleur Payante, apr&#232;s celui-l&#224;, j'ai commenc&#233; &#224; retirer des phrases du reste du livre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Vos paroles sont plut&#244;t perceptives.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : C'est un peu bourgeois, mais &#231;a me va, parce que je suis un bourgeois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : C'est plut&#244;t surprenant qu'il y ait tant de paroles compliqu&#233;es, et qu'elles se r&#233;pandent au sein d'un public nombreux. Le contenu de la majorit&#233; des paroles dans la pop est pratiquement nul, du genre Power to the People.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Je suis pratiquement s&#251;r que mon public n'&#233;coute pas mes paroles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Voici une chose int&#233;ressante &#224; savoir. Les comprennent-ils ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Et bien, elles sont plus un moyen de communication, ce n'est qu'apr&#232;s qu'ils s'assoient et prennent le temps de se pencher dessus. &#192; quel niveau ils les lisent, je ne sais pas, ils les comprennent en tout cas parce qu'il arrive qu'ils me renvoient leurs propres interpr&#233;tations de ce dont je parle, ce qui est tr&#232;s bien pour moi parce que parfois je n'en ai aucune id&#233;e. Parfois, j'&#233;cris quelque chose que j'oublie et dont la signification refait surface dans la lettre d'un ado qui m'&#233;crit ce qu'il en pense, et je prends leur analyse tellement &#224; c&#339;ur que je reprends son truc : &#233;crire ce que mon public me dit d'&#233;crire.
&lt;br /&gt;Lou Reed est d&#233;finitivement l'auteur le plus important du rock moderne. Pas &#224; cause de ce qu'il fait, mais de la direction qu'il lui donnera. La moiti&#233; des nouveaux groupes ne serait pas l&#224; si ce n'&#233;tait gr&#226;ce &#224; Lou. Le mouvement que l'&#339;uvre de Lou a cr&#233;&#233; est impressionnant. New York City est Lou Reed. Lou &#233;crit au niveau des entrailles de la rue et les Anglais essaient bien plus d'intellectualiser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Quelle est votre inspiration pour l'&#233;criture, est-elle litt&#233;raire ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Je ne crois pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Et bien, j'ai lu votre texte qui s'appelle Eight Line Poem et il m'a vraiment fait penser &#224; T.S. Eliot.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Je n'ai jamais rien lu de lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : (Il rit) Ca m'a vraiment rappel&#233; The Waste Land. Est-ce que certaines de vos id&#233;es viennent de vos r&#234;ves ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Cela arrive fr&#233;quemment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : 70 % des miennes viennent de r&#234;ves.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Il y a une chose &#224; faire juste quand vous allez vous coucher, si vous gardez vos hanches un peu &#233;lev&#233;es, vous n'irez jamais plus loin que l'&#233;tape qui consiste &#224; r&#234;ver. J'ai fait &#231;a assez souvent et &#231;a m'a permis de r&#234;ver bien plus longtemps que si je ne faisais que me relaxer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Je r&#234;ve beaucoup, et apr&#232;s, comme j'ai le sommeil l&#233;ger, je me r&#233;veille et je note quelques mots qui me ram&#232;neront toujours l'id&#233;e tout enti&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Je garde un magn&#233;tophone pr&#232;s de mon lit et ensuite si quelque chose me vient, je l'enregistre dans le magn&#233;tophone. Quant &#224; mon inspiration, je n'ai pas vraiment chang&#233; de positions depuis que j'ai 12 ans, vraiment. J'ai la mentalit&#233; d'un gar&#231;on de 12 ans. Quand j'&#233;tais &#224; l'&#233;cole, j'avais un fr&#232;re qui &#233;tait passionn&#233; par Kerouac et il m'a donn&#233; Sur la route. &#199;a a toujours &#233;t&#233; une grande influence pour moi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Copetas : Les images que vous deux r&#233;pandez sont tr&#232;s graphiques, presque de la nature d'une bande dessin&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : C'est vrai en fait, je trouve &#231;a plus facile d'&#233;crire dans ces petites vignettes ; si j'essaie de me sentir plus s&#233;rieux, je me retrouve hors ligue. Je ne pourrais pas me retenir dans ce que je dis. En plus, si vous &#234;tes vraiment plus s&#233;rieux, il y a davantage de temps pour lire ou &#233;couter ou regarder. Si les gens lisent trois heures de ce que vous avez fait, alors ils l'analyseront pendant sept heures et reviendront avec sept heures de leur propre pens&#233;e&#8230; Alors que si vous leur donnez 30 secondes de votre travail en g&#233;n&#233;ral, ils y pensent quand m&#234;me pendant sept heures. Ils prennent des images mentales de ce que vous faites. Et ils les pontifient. Le caract&#232;re imm&#233;diat de l'image. Les choses doivent frapper pendant l'instant pr&#233;sent. C'est une des raisons pour lesquelles je m'int&#233;resse &#224; la vid&#233;o, l'image doit frapper imm&#233;diatement. J'adore la vid&#233;o et tout le montage qui s'ensuit. Quels sont vos projets en ce moment ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : En ce moment, j'essaie d'instaurer un Institut d'Etudes Avanc&#233;es quelque part en Ecosse. Son but sera d'&#233;largir et d'alt&#233;rer la conscience pour atteindre une gamme plus large, de la flexibilit&#233; et de l'efficacit&#233; &#224; une &#233;poque o&#249; les disciplines traditionnelles ne sont pas parvenues &#224; &#233;tablir des solutions viables. Vous voyez, l'arriv&#233;e de l'&#232;re spatiale et la possibilit&#233; d'explorer des galaxies et de contacter des formes extraterrestres pose la n&#233;cessit&#233; urgente d'obtenir des solutions radicalement nouvelles. Nous prendrons seulement en consid&#233;ration des m&#233;thodes non-chimiques actuellement utilis&#233;es en Orient et en Occident avec des m&#233;thodes qui ne sont &#224; pr&#233;sent pas utilis&#233;es pour &#233;largir la conscience et augmenter le potentiel humain.
&lt;br /&gt;Nous savons exactement ce que nous voulons faire et comment nous y prendre. Comme je l'ai dit, aucune exp&#233;rience faite &#224; l'aide de drogues n'est pr&#233;vue et aucune autre drogue que l'alcool, le tabac et les m&#233;dicaments personnels obtenus sur ordonnances seront permis dans le centre. Au fond, les exp&#233;riences que nous proposons ne sont pas ch&#232;res et faciles &#224; effectuer. Des choses comme la m&#233;ditation et des exercices du style Yoga, des exp&#233;riences sur la communication, le son, la lumi&#232;re et les films avec des chambres de privation sensorielle, des pyramides, des g&#233;n&#233;rateurs psychotoniques et l'Accumulateur d'Orgones de Reich, des exp&#233;riences avec des infrasons, des exp&#233;riences avec les r&#234;ves et le sommeil.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Ca a l'air fascinant. Etes-vous int&#233;ress&#233; &#224; la base par les forces &#233;nerg&#233;tiques ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : L'expansion de la conscience, qui m&#232;ne &#233;ventuellement &#224; des mutations. Avez-vous lu Voyage hors du corps ? Ce n'est pas un livre typique sur la projection astrale. Cet homme d'affaire am&#233;ricain s'est rendu compte qu'il faisait des exp&#233;riences au cours desquelles il sortait de son corps&#8212;il n'a jamais utilis&#233; aucune drogue hallucinog&#232;ne. Il essaie d&#233;sormais d'implanter cette force de l'air astrale. Ce truc sur le psychisme est vraiment la derni&#232;re mode aux Etats-Unis en ce moment. Vous en &#234;tes-vous rendu compte lorsque vous &#233;tiez l&#224;-bas ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Non, je m'en suis intentionnellement prot&#233;g&#233;. J'&#233;tudiais le bouddhisme tib&#233;tain quand j'&#233;tais assez jeune, encore une fois influenc&#233; par Kerouac. L'institut de Bouddhisme Tib&#233;tain &#233;tait facile d'acc&#232;s alors j'y ai fait un saut pour y jeter un coup d'&#339;il. Il y avait un type dans la cave qui &#233;tait &#224; la t&#234;te d'une organisation qui s'implantait quelque part en Ecosse pour recevoir les r&#233;fugi&#233;s et je m'y suis impliqu&#233; &#224; un niveau purement sociologique parce que je voulais aider les r&#233;fugi&#233;s &#224; sortir d'Inde, parce qu'ils vivaient vraiment des temps difficiles l&#224;-bas, ils tombaient comme des mouches &#224; cause du changement d'atmosph&#232;re en provenance de l'Himalaya. &lt;br /&gt;L'Ecosse &#233;tait un endroit plut&#244;t bien pour les mettre, et je me suis retrouv&#233; de plus en plus poss&#233;d&#233; par leur fa&#231;on de penser, ou de ne pas penser, et vraiment impliqu&#233; pendant un moment. J&#8216;en &#233;tais au point o&#249; je voulais devenir un moine novice et environ deux semaines avant de faire les premiers pas, j'ai l&#226;ch&#233; l'affaire et suis sorti dans la rue pour me saouler et n'y suis jamais retourn&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Exactement comme Kerouac.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Vous allez souvent aux Etats-Unis ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Pas depuis 71.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Je peux vous dire que &#231;a a chang&#233; depuis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Quand y &#233;tiez-vous pour la derni&#232;re fois ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Il y a un an &#224; peu pr&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Avez-vous vu quelques-uns de ces films pornos &#224; New York ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Oui, quelques-uns.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : La derni&#232;re fois que j'y &#233;tais, j'en ai vu environ 30. J'allais &#234;tre membre du jury au festival du film &#233;rotique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Les meilleurs &#233;taient les films allemands, ils &#233;taient vraiment incroyables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : J'ai trouv&#233; que les Am&#233;ricains &#233;taient quand m&#234;me les mieux. J'aime vraiment le cin&#233;ma&#8230; J'ai entendu dire que vous alliez peut-&#234;tre jouer Valentine Michael Smith dans l'adaptation cin&#233;matographique de En terre &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Non, je n'aime pas vraiment le livre. En fait, je trouve qu'il est nul. On m'a sugg&#233;r&#233; de l'adapter au cin&#233;ma, alors je me suis mis &#224; le lire. Il m'a sembl&#233; un peu trop Flower Power, alors j'ai commenc&#233; &#224; me m&#233;fier un peu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Je ne suis pas tr&#232;s enchant&#233; par le livre non plus. Vous savez, la science-fiction n'a jamais vraiment connu de grands succ&#232;s. On disait qu'elle &#233;tait le d&#233;but d'une toute nouvelle direction mais il ne s'est rien pass&#233;. C'&#233;tait g&#233;nial pour les effets sp&#233;ciaux dans certains films, comme 2001. Mais on en est rest&#233; l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : J'ai le m&#234;me sentiment. En ce moment je pr&#233;pare 1984 d'Orwell pour la t&#233;l&#233;vision ; c'est une th&#232;se politique et une impression des coutumes dans un autre pays. Quelque chose de cette nature aura plus d'impact &#224; la t&#233;l&#233;vision. Je ne crois pas au vrai cin&#233;ma ; &#231;a n'a pas la force de la t&#233;l&#233;vision. Le fait d'avoir des gens qui doivent sortir pour aller au cin&#233;ma est un syst&#232;me tr&#232;s archa&#239;que. Je pr&#233;f&#232;re carr&#233;ment rester assis chez moi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Vous voulez dire tout le concept du public ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Oui, il me para&#238;t ancien. Il n'a pas ce caract&#232;re imm&#233;diat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Absolument, tout cela renvoie &#224; l'image et &#224; la mani&#232;re dont on l'utilise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : C'est vrai. J'aimerais commencer une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Il n'y a plus vraiment de programme de valeur maintenant. La t&#233;l&#233; britannique est un peu mieux que l'am&#233;ricaine. La meilleure chose que font les Britanniques sont les programmes d'histoire naturelle. Il y en avait un la semaine derni&#232;re sur les lions de mer mangeurs de pingouins, incroyable. Je ne vois pas pourquoi on a des programmes ennuyeux, les r&#233;formes du logement et les gr&#232;ves de mineurs ennuient franchement les gens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Ils ont tous un niveau d'int&#233;r&#234;t d'environ trois secondes. Assez de temps pour se plonger dans la prochaine phrase du commentateur. Et c'est sur &#231;a qu'ils se basent. Je vais rassembler tous les groupes des Etats-Unis et d'Angleterre qui valent le coup, puis faire un programme d'une heure sur eux. La majorit&#233; des gens n'ont probablement jamais entendu parler d'eux. Ils font et disent des choses comme aucun autre groupe. Des choses comme la musique portoricaine au Cheetah Club &#224; New York. Je veux que les gens entendent des musiciens comme Joe Cuba. Il a fait des choses devant des foules &#224; Porto Rico. La musique est fantastique et importante. Je veux aussi me mettre &#224; diffuser les films d'Andy Warhol &#224; la t&#233;l&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Avez-vous rencontr&#233; Warhol ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Oui, il y a environ deux ans, j'&#233;tais invit&#233; &#224; la Factory. On est rentr&#233; dans l'ascenseur et l'on est mont&#233;. Quand la porte s'est ouverte, il y avait un mur en brique devant nous. On a frapp&#233; sur le mur et ils n'ont pas cru qui nous &#233;tions. Alors on est redescendu et l'on a remont&#233; jusqu'&#224; ce qu'ils ouvrent le mur et tout le monde se scrutait du regard. C'&#233;tait peu apr&#232;s l'incident avec le flingue. J'ai rencontr&#233; l'homme qui &#233;tait le mort vivant. Le teint jaune, un postiche de la mauvaise couleur, des petites lunettes. J'ai tendu ma main et le gars s'est retir&#233;, alors je me suis dit, &quot;Ce type n'aime pas la chair, de toute &#233;vidence c'est un reptile&quot;. Il a sorti un appareil photo et pris une photo de moi. Et j'ai essay&#233; de discuter un peu avec lui, mais &#231;a ne menait nulle part.
&lt;br /&gt;Et alors il a vu mes chaussures. Je portais une paire de chaussures jaune dor&#233;, et il a dit, &quot;J'adore ces chaussures, d&#238;tes-moi o&#249; vous les avez eues&quot;. Il s'est alors lanc&#233; dans un monologue sur le design des chaussures et &#231;a a bris&#233; la glace. Mes chaussures jaunes ont bris&#233; la glace avec Andy Warhol.
&lt;br /&gt;J'adore ce qu'il faisait. Je pense que son importance &#233;tait vraiment cons&#233;quente, c'est devenu le gros truc de l'aimer maintenant. Mais Warhol voulait &#234;tre un clich&#233;, il voulait &#234;tre disponible &#224; Woolworth, et qu'on parle de lui comme &#231;a avec aisance. J'ai entendu dire qu'il voulait faire de vrais films maintenant ce qui est triste parce que ceux qu'ils faisaient &#233;taient vraiment ce dont on avait besoin. Je suis sorti en en sachant toujours aussi peu de lui en tant que personne qu'en rentrant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Je ne crois pas qu'il y ait vraiment une personne l&#224;-dedans. Il a quelque chose d'&#233;tranger, de compl&#232;tement et de totalement d&#233;pourvu d'&#233;motion. C'est vraiment un personnage de science-fiction. Il est d'une couleur &#233;trange et verte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : C'est ce qui m'a frapp&#233;. Il n'a pas la bonne couleur pour &#234;tre un &#234;tre humain. Surtout sous la lumi&#232;re crue des n&#233;ons de la Factory. Apparemment, cela rel&#232;ve du miracle de le voir en plein jour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Je l'ai vu sous toutes les lumi&#232;res et je ne sais toujours pas ce qui se passe l&#224;-dedans, sauf que c'est quelque chose d'intentionnel. Ce n'est pas &#233;nerg&#233;tique, mais plut&#244;t insidieux, compl&#232;tement asexu&#233;. Ses films seront les films de deuxi&#232;me partie de soir&#233;e dans le futur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Exactement. Vous vous souvenez de Pork ? Je veux le diffuser &#224; la t&#233;l&#233;. La t&#233;l&#233; a mang&#233; tout le reste, et les films de Warhol sont tout ce qu'il reste, ce qui est fabuleux. Pork pourrait devenir le prochain I Love Lucy, la grande com&#233;die am&#233;ricaine. &#199;a parle de la mani&#232;re dont vivent les gens, pas comme Lucy qui n'a jamais touch&#233; de l'eau de vaisselle. &#199;a parle des gens qui vivent et se battent pour survivre.
Pork parle de &#231;a. La destruction du spectacle. M&#234;me si j'aimerais bien faire ma propre version de Sinbad le Marin, qui est un grand classique &#224; mon go&#251;t. Mais ca devrait &#234;tre fait &#224; un niveau extraordinaire. Cela serait incroyablement indulgent et co&#251;teux. On aurait besoin de lasers et de toutes les choses relatives &#224; une vraie &#339;uvre fantastique. &lt;br /&gt;Voire l'utilisation d'hologrammes. Les hologrammes sont importants. Il y a la cassette vid&#233;o, puis il y aura les hologrammes. On utilisera les hologrammes dans &#224; peu pr&#232;s sept ans. Il faudra d&#233;velopper un maximum de biblioth&#232;ques de cassettes vid&#233;o dans l'int&#233;rim. Vous ne pouvez pas enregistrer suffisamment de bonnes choses &#224; la t&#233;l&#233;. Je veux avoir mon propre choix de programmes. Il faut un logiciel ad&#233;quat disponible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : J'enregistre les sons de tout ce que je peux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Les m&#233;dias sont soit notre salut, soit notre mort. J'aimerais croire qu'ils sont notre salut. Ce qui m'int&#233;resse particuli&#232;rement est de d&#233;couvrir ce qu'on peut faire avec les m&#233;dias et la mani&#232;re dont on peut les utiliser. Vous ne pouvez pas rassembler les gens comme s'ils faisaient tous partis d'une grande famille, ils ne veulent pas &#231;a. Ils veulent s'isoler ou vivre en tribus. Un groupe de 18 gosses pr&#233;f&#233;rera rester group&#233; et d&#233;tester les prochains 18 gosses &#224; l'autre bout de la rue. On ne va pas se retrouver avec deux ou trois quartiers diff&#233;rents main dans la main &#224; s'aimer les uns les autres. Il y a beaucoup de trop de gens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Bien trop de gens. Nous nous trouvons dans une situation de surpopulation, mais le fait qu'il y ait moins de gens ne signifie pas qu'ils ne seront pas h&#233;t&#233;rog&#232;nes. Ils sont tout simplement diff&#233;rents. Tous ces discours sur une grande famille mondiale ne sont que des b&#234;tises. J'ai travaill&#233; avec les Chinois parce qu'ils sont tr&#232;s similaires les uns aux autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Et aujourd'hui, un homme sur quatre en Chine a un v&#233;lo, ce qui est quelque chose si l'on tient compte de ce qu'ils n'avaient pas avant. Et c'est un miracle pour eux. C'est comme si nous avions tous un jet priv&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : C'est parce qu'ils sont la personnification d'une seule personne qu'ils peuvent vivre ensemble sans aucune friction. De toute &#233;vidence, nous ne sommes pas du tout comme &#231;a.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : C'est pourquoi ils n'ont pas besoin de rock &amp; roll. Les rock stars britanniques ont jou&#233; en Chine dans un grand champ sale, et elles &#233;taient trait&#233;es comme si elles venaient faire un spectacle forain. Des vieilles femmes, de jeunes enfants, des adolescents, qui vous voulez, tout le monde est venu, ils sont pass&#233;s devant eux et ils les ont regard&#233; jouer. &#199;a n'avait aucun sens. Certains pays n'ont pas besoin de rock &amp; roll parce qu'ils ont &#233;t&#233; beaucoup rassembl&#233;s, comme une grande famille. La Chine repr&#233;sente cette image du p&#232;re et de la m&#232;re&#8212;je n'ai jamais vraiment su lequel des deux, &#231;a fluctue entre les deux. Pour l'Occident, Jagger repr&#233;sente tr&#232;s certainement l'image de la m&#232;re et il est la m&#232;re poule de tout le truc. Ce n'est pas un coquerico ; il ressemble bien plus au propri&#233;taire d'un bordel ou une madame.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Oh, il y a beaucoup de &#231;a.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Il est incroyablement sexy et tr&#232;s viril. Je le trouve aussi incroyablement maternel et agripp&#233; au sein de son blues ethnique. C'est un gar&#231;on blanc de Dagenham qui fait tout son possible pour &#234;tre ethnique. Vous voyez, essayer de retaper un peu le business du rock est proche de ce que les ados aiment, parce que je trouve, si vous voulez parler en termes de rock, que tout d&#233;pend du sensationnel, et les ados sont bien plus sensationnels que les stars elles-m&#234;mes. Le business du rock est une p&#226;le imitation de ce qu'est la vie d'un ado. L'admiration vient de l'autre c&#244;t&#233;. C'est un renversement complet, surtout depuis quelques ann&#233;es. Vous descendez le long de Christopher Street et alors vous vous demandez ce qui a foir&#233;. Les gens ne sont pas comme James Taylor, ils peuvent para&#238;tre fa&#231;onn&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur, mais &#224; l'int&#233;rieur de leur t&#234;te, &#231;a n'a rien &#224; voir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : La politique du son.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Oui. On a &#231;a nous aussi maintenant. Cela a vaguement pris la forme d'une politique du son. Le fait de pouvoir &#224; pr&#233;sent subdiviser le rock en diff&#233;rentes cat&#233;gories est quelque chose qu'on ne pouvait pas faire il y a dix ans. Mais maintenant je peux d&#233;biter au moins dix sons qui repr&#233;sentent plus un type de personne qu'un style de musique. Les critiques n'aiment pas dire &#231;a, parce que les critiques aiment &#234;tre des critiques, et la plupart d'entre eux auraient voulu &#234;tre des rock stars. Mais quand ils classifient, ils parlent des gens, pas de la musique. Tout cela est politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : C'est comme les infrasons, le son inf&#233;rieur au niveau de l'ou&#239;e. En dessous de 16 Merz. R&#233;gl&#233; &#224; fond, il peut faire tomber des murs &#224; 200 kilom&#232;tres. Vous pouvez aller au bureau fran&#231;ais des brevets et acheter le brevet pour rien. Vous pouvez construire la machine pour presque rien avec des choses que vous pourriez trouver dans une d&#233;chetterie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Comme un son noir. Je me demande s'il existe un son qui peut remettre les choses ensemble. Je me souviens d'un groupe qui a fait une exp&#233;rience avec des trucs comme &#231;a ; ils pensaient qu'ils pouvaient faire trembler le public en entier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Il existe aujourd'hui des sons d'&#233;meutes bas&#233;s sur des ondes sonores. Mais si vous pouviez produire de la musique avec des infrasons, vous n'auriez pas forc&#233;ment besoin de tuer le public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Juste de les estropier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : L'arme des Gar&#231;ons Sauvages est un couteau Bowie, un couteau Bowie de 40 centim&#232;tres, le saviez-vous ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Un couteau Bowie long de 40 centim&#232;tres&#8230; Vous ne fa&#238;tes pas les choses &#224; moiti&#233;, vous. Non, je ne savais pas que c'&#233;tait leur arme. Le nom Bowie m'a s&#233;duit quand j'&#233;tais plus jeune. J'&#233;tais dans une phase de grosse philosophie &#224; 16 ans, et je voulais un truisme sur le fait de couper &#224; travers tous les mensonges et tout &#231;a.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burroughs&lt;/strong&gt; : Et bien, il coupe des deux c&#244;t&#233;s, vous savez, une lame &#224; double tranchants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bowie&lt;/strong&gt; : Je ne le voyais pas couper des deux c&#244;t&#233;s&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Interview organis&#233;e par Craig Copetas, pour le magazine Rolling Stone.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ce N'est Pas un Mammif&#232;re : Une Visite chez William Burroughs d'Edmund White</title>
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		<dc:creator>Aur&#233;lien</dc:creator>



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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&quot;Laissez-moi vous faire une d&#233;monstration,&quot; me dit William Burroughs. Il fourra la fl&#233;chette dans l'une des extr&#233;mit&#233;s de la sarbacane en plastique, recula de six pas, exhala et envoya la fl&#233;chette dans le mille blasonn&#233; de caract&#232;res Chinois. &quot;Je l'ai command&#233; par la poste,&quot; dit-il d'une satisfaction caustique. Il mit l'arme de c&#244;t&#233; d'un geste plein de gr&#226;ce. &quot;Vous seriez surpris de voir tout ce qu'on peut recevoir par courrier. Comme ceci.&quot; Il prit le dernier morceau de sucre d'une bo&#238;te, lan&#231;a la bo&#238;te en l'air et la coupa en deux &#224; l'aide d'un &#233;trange dispositif que je n'avais jamais vu auparavant, une tige m&#233;tallique flexible compress&#233;e et retenue magn&#233;tiquement dans une case jusqu'&#224; ce qu'un petit mouvement rapide du poignet fasse &#233;tendre la tige &#224; une vitesse et d'une force meurtri&#232;res. &quot;Par ici, suivez-moi, j'ai un peu de litt&#233;rature l&#224;-dessus que vous aimeriez probablement consulter.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Il existe un certain type de marron pale, teint&#233; de rose&#8212;couleur chair en fait&#8212;que Burroughs aime porter. Sa chemise est de cette couleur ce soir, mais on aper&#231;oit que le col sous son pull aux motifs de losanges, sous sa cravate ordinaire et sa veste grise encore plus ordinaire. Lorsqu'il est assis et parle avec vous, il a la froide immobilit&#233; d'une sculpture. Il para&#238;t imposant, taill&#233;, grand. Ce n'est que lorsqu'il bouge qu'il appara&#238;t soudainement fr&#234;le et tel un oiseau&#8212;&lt;em&gt;non-incarn&#233;&lt;/em&gt;, pour utiliser son mot. Tr&#232;s tard dans la soir&#233;e, lorsqu'il est encore debout, bien apr&#232;s 21 ou 22 heures, o&#249; d'ordinaire il va g&#233;n&#233;ralement se coucher, et qu'il a fum&#233; beaucoup de joints et descendu quelques vodkas et cocas, il peut lui arriver de devenir plut&#244;t anim&#233;. Alors il se met &#224; discourir un peu et renforce chaque point avec la main lev&#233;e d'un pr&#233;dicateur ou se met &#224; se ruer en avant sur un &#233;l&#232;ve imaginaire (son grand-p&#232;re &#233;tait en fait un pasteur M&#233;thodiste en tourn&#233;e) ; ses mouvements peuvent alors sembler p&#233;rilleux, comme s'il devenait lentement d&#233;phas&#233;. En ce moment, cependant, il est lucide et hospitalier, son mode habituel. Quelque peu d&#233;tach&#233; et formel, le Martien qui a appris &#224; &#234;tre patient et cordial dans ses relations avec de simples terriens.&lt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Il me conduit dans sa r&#233;serve, et se met &#224; fouiller dans un classeur et dans un tas de magazines pornographiques avec des titres comme &lt;em&gt;Teen Punks&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Jock Scene&lt;/em&gt; et finit par en rep&#234;cher un pamphlet de six pages &#233;crit par l'inventeur de l'arme. J'aper&#231;us dans un autre classeur des tas et des tas de livres de poche de science-fiction. &quot;Peut-&#234;tre aimeriez-vous jeter un coup d'&#339;il &#224; mes albums de d&#233;coupures aussi ?&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; J'en avais tr&#232;s envie, puisque j'&#233;tais avide de tout indice pouvant m'indiquer ce qui pouvait bien lib&#233;rer l'imagination de l'un des &#233;crivains les plus surprenants et originaux que l'Am&#233;rique ait bien pu produire&#8212;ce qui est significatif dans un pays qui engendra des artistes qui ont su s'inventer, aussi uniques que Melville &lt;em&gt;et &lt;/em&gt;Henry James&lt;em&gt; et &lt;/em&gt;Ezra Pound &lt;em&gt;et &lt;/em&gt;Wallace Stevens, des &#234;tres qui &#233;merg&#232;rent de nulle part et se contrast&#232;rent fortement les uns aux autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Je savais de conversations avec d'autres artistes &#224; quel point les premiers stimuli derri&#232;re une &#339;uvre de g&#233;nie peuvent &#234;tre incons&#233;quents. Jasper Johns, par exemple, m'avait dit que le mur ext&#233;rieur d'un magasin de Harlem peint de mani&#232;re &#224; ressembler &#224; un champ de pierre, quelque chose qu'il avait aper&#231;u un jour par la fen&#234;tre d'une voiture et qu'il ne put jamais retrouver, lui avait fourni le motif de l'une de ses r&#233;centes peintures. D'une mani&#232;re similaire, l'attention de Burroughs est alert&#233;e par toute source d'excitation, m&#234;me s'il assemble et explore ses &#233;crits d'une mani&#232;re bien plus syst&#233;matique. Il a conserv&#233; les journaux de ses r&#234;ves, il a exp&#233;riment&#233; divers hallucinog&#232;nes exotiques, il s'est efforc&#233; de penser en images sans l'intrusion de mots, il a invent&#233; dans son imaginaire un moyen de voyager &#224; travers le temps, tel un acteur, il a imit&#233; les personnages sur lesquels il a &#233;crit et a invent&#233; des techniques litt&#233;raires, combin&#233;es pour produire des juxtapositions frappantes et impr&#233;visibles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Tout d'abord avec &lt;em&gt;Nova Express&lt;/em&gt;, Burroughs commen&#231;a &#224; se reposer sur la technique du cut-up (d&#233;coupage) et du fold-in (pliage), m&#233;thodes qui consistent &#224; prendre le texte d'un autre &#233;crivain ou d'un journal, &#224; r&#233;arranger l'ordre des mots puis &#224; les r&#233;introduire dans son propre texte. Il s'est amus&#233; par la suite avec des magn&#233;tophones, en repiquant des bruits au hasard et en les m&#233;langeant avec d'autres enregistr&#233;s dans d'autres circonstances. Les non-sens hasardeux ne l'ont jamais int&#233;ress&#233; ; il fait plut&#244;t appel &#224; l'al&#233;atoire de mani&#232;re &#224; obtenir des pens&#233;es et des images fra&#238;ches. C'est un artiste supr&#234;mement &lt;em&gt;conscient&lt;/em&gt; ; c'est aussi quelqu'un qui pense que l'&#233;criture exp&#233;rimentale doit pouvoir &#234;tre lisible. Comme je venais juste de finir &lt;em&gt;Cit&#233;s de la Nuit Ecarlate&lt;/em&gt;, roman hautement lisible, son livre le plus ambitieux depuis le &lt;em&gt;Festin Nu&lt;/em&gt;, j'&#233;tais particuli&#232;rement curieux de conna&#238;tre les pendentifs sur lesquels il avait fait flotter ce nouvel &#233;difice &#233;pais et fort agr&#233;able.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; On trouve certainement dans le roman une obsession pour les jeunes gar&#231;ons roux aux traits magnifiques et sans c&#339;ur, la t&#234;te recouverte de plaies &#233;rotiques, qui se pendent les uns les autres au point d'en &#233;jaculer et dont les yeux s'illuminent lorsqu'ils jouissent ou meurent&#8212;un r&#233;seau complexe de gar&#231;ons qui se croisent et se fondent dans le temps et habitent d'autres gar&#231;ons d'autres si&#232;cles. &quot;Les assassins les plus subtiles qui soient sortis d'entre leurs rangs&quot; &#233;crit Burroughs, &quot;sont les Tueurs Oniriques ou Boys du Bangutot. Ils sont capables d'envahir le sommeil paradoxal de leur cible, de se donner la forme de l'&#233;rection de leur victime et de puiser dans son &#233;nergie sexuelle jusqu'&#224; avoir assez de consistance pour l'&#233;trangler.&quot; Tous ces accouplements exotiques et homosexuels (et h&#233;t&#233;rosexuels) sont rapides, explosifs, parfois fatals mais jamais romantiques. Comme Burroughs l'a fait remarquer une fois, &quot;Je pense que ce que nous appelons l'amour est une fraude perp&#233;tr&#233;e par le sexe faible, et que les relations sexuelles entre hommes ne sont pas quelque chose qu'on pourrait appeler de l'amour, mais plut&#244;t de la&lt;em&gt; reconnaissance&lt;/em&gt;.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Plusieurs gros volumes noirs dans lesquels &#233;taient coll&#233;es des photos de gar&#231;ons nus &#233;taient &#224; pr&#233;sent dispos&#233;s devant moi. De son &#233;criture &#224; l'allure d'un croquis, difficile &#224; lire, Burroughs avait griffonn&#233; sur la photo des notes &#224; son attention. &quot;L'un des gosses Kraut,&quot; disait une note. Une autre disait, &quot;Possibilit&#233; pour Noah Blake ?&quot; r&#233;f&#233;rence &#224; un personnage de &lt;em&gt;Cit&#233;s de la Nuit Ecarlate&lt;/em&gt;, d&#233;crit comme un &quot;jeune gar&#231;ons roux et grand, &#226;g&#233; de 20 ans, les yeux marrons, le visage saupoudr&#233; de taches de rousseur.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Je r&#233;alisai que l'&#233;criture pour Burroughs est comme le fait d'&#233;purer un min&#233;ral, beaucoup d'&#233;tapes pour extraire &#224; partir de tonnes de d&#233;chets une once de la pr&#233;cieuse substance. Si c'est le cas, alors ces images griffonn&#233;es, ces livres cradingues de science-fiction, ces fichiers sur les armes et les &#233;pid&#233;mies, ces histoires &#224; la &lt;em&gt;National Enquirer&lt;/em&gt; sur le cancer et les cocos&#8212;voici les grands terrils de son art. Un art si pur que m&#234;me si les choses qu'il assimile (l'accumulateur d'orgones, la Scientologie, les syst&#232;mes de contr&#244;le Mayas) et recherche sont pleines de salet&#233;s, il les affine &#233;ventuellement et les transforme en lingots frapp&#233;s de son sceau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Nous retourn&#226;mes dans la pi&#232;ce principale. Il semble logique que Burroughs vive dans le vestiaire d'un ancien YMCA, car n'est-il pas l'auteur qui c&#233;l&#232;bre les souvenirs lointains d'une adolescence disparue ? Dans son nouveau roman, quelqu'un ach&#232;te un &quot;Firsty Pop&quot; qui, nous apprend-il, est compos&#233; de &quot;l'odeur de jacinthe de jeunes &#233;rections, de toilettes d'&#233;coles, de vestiaires et de slips &#224; coquille, d'un mucus rectal et de pieds d'&#233;t&#233;, d'une lotion d'ao&#251;tats et d'un savon ph&#233;nique&#8212;des bouff&#233;es qui vous ram&#232;nent &#224; votre premi&#232;re &#233;rection et vous laisse l&#224;, assis aux toilettes&#8212;si vous cessez de planer. Ne vous attardez jamais sur un Firsty.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Burroughs me fit faire un tour des toilettes&#8212;les vieux urinoirs ici ne fonctionnent plus, et l'on y trouve les boxes avec leurs parois en marbre et des graffitis des ann&#233;es 20, la t&#234;te d'une poup&#233;e en &#233;toffe repr&#233;sentant un Noir et un p&#233;nis &#233;trangement bifurqu&#233;. Les vestiaires de la pi&#232;ce principale, qui est adjacente, ont &#233;t&#233; retir&#233;s, bien s&#251;r, m&#234;me si des agencements de m&#233;tal au plafond t&#233;moignent de leur emplacement. &quot;Le vestiaire renferme encore le silence des voix m&#226;les, absentes,&quot; &#233;crit Burroughs quelque-part dans son nouveau roman. Les sols sont faits de b&#233;ton peint. Il n'y a qu'une seule fen&#234;tre, petite et givr&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &quot;Je ne peux jamais dire d'ici s'il fait nuit ou jour, s'il fait chaud ou froid dehors,&quot; dit Burroughs, esquissant son sourire aux l&#232;vres minces. &quot;Ce qui est formidable ici c'est la chaleur. Il fait incroyablement chaud. Venez voir. Touchez ce mur.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Je posai ma main sur le ciment chaud et ressentis m&#234;me l'eau chaude descendre le long des tuyaux emmur&#233;s. Tandis qu'il d&#233;crit l'appartement de l'un de ses amis &#224; Paris, d'o&#249; il revenait tout juste, Burroughs fit encore une fois l'&#233;loge de la chaleur abondante. Quelque chose me frappa dans cette insistance sur la chaleur, quelque chose de reptilien. Quelqu'un qui connaissait Burroughs depuis les ann&#233;es 50 a remarqu&#233;, &quot;Quand vous le rencontrez, vous vous d&#238;tes, &quot;Ce n'est pas un mammif&#232;re.&quot;&quot; Ou bien &#233;tais-je en train de d&#233;tecter la profondeur glaciale de l'ex-junkie ? Burroughs est certainement un po&#232;te des villes en d&#233;cadence, de la tasse de caf&#233; froid prise au distributeur automatique en l'attente d'une correspondance, de la triste froideur de chambres lou&#233;es, de &quot;doigts morts en fum&#233;e,&quot; de la &quot;Rue des Hommes Manquants,&quot; de &quot;hangars remplis, le toit effondr&#233;,&quot; le malaise entier de l'Am&#233;rique qui, il y a des ann&#233;es, fut surnomm&#233; dans le&lt;em&gt; Festin Nu&lt;/em&gt; &quot;le bourdon &lt;em&gt;Made in USA&lt;/em&gt;.&quot; (&quot; Et voil&#224; que le bourdon &lt;em&gt;Made in USA&lt;/em&gt; nous tombe dessus comme aucun autre bourdon dans le monde&quot;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &quot;C'est vraiment le meilleur endroit o&#249; j'ai v&#233;cu,&quot; me dit Burroughs. &quot;Il y a quatre portes ferm&#233;es &#224; clef entre moi et la rue.&quot; La rue est Bowery avec ses flots d'urine qui sortent des baies de portes et serpentent le long des trottoirs, ses bandes clopinantes de mendiants, ses bouteilles de vins cass&#233;es, ses feux d'hiver dans les tambours en m&#233;tal et ses pieds envelopp&#233;s dans des chiffons&#8212;mais cependant, l'int&#233;r&#234;t de Burroughs pour la s&#233;curit&#233; personnelle ne semble pas idiosyncrasique. Il appelle cet endroit &quot;le Bunker&quot; et il donne parfois l'impression d'&#234;tre le leader fou, attaqu&#233; d'un Reich vaincu. Il porte toujours avec lui au moins trois armes&#8212;une canne, un pulv&#233;risateur de chez Mace et son cobra en acier. &quot;J'aurais l'impression d'&#234;tre nu sans mes armes,&quot; me dit-il. Dans un r&#233;cent num&#233;ro de &lt;em&gt;Heavy Metal&lt;/em&gt;, Burroughs publia un article sur la d&#233;fense civile. C'est s&#251;r, il a 67 ans et est dramatiquement fin mais, comme il le dit, &quot;Je n'ai pas l'air d'un pigeon&quot; et personne ne l'a jamais agress&#233;. Alors pourquoi cette parano&#239;a ?
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Burroughs d&#233;finit la parano&#239;a comme le fait de &quot;conna&#238;tre tous les faits.&quot; Son point de vue est politiquement eschatologique ; il fit r&#233;cemment un discours &#224; la Conf&#233;rence de la Terre Enti&#232;re &#224; Aix-en-Provence intitul&#233; &quot;Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse&quot; dans lequel il parla de futures attractions comme la guerre biologique et les &quot;armes ethniques&quot; destin&#233;es &#224; d&#233;truire une race mais pas les autres. Il discuta avec moi du fait que la r&#233;currence d'une &#233;pid&#233;mie comme la variole produirait un taux de mortalit&#233; de 50 &#224; 60 pour-cents en 11 jours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Ce serait comme dans les productions &#224; grand spectacle d'Hollywood,&quot; dit-il. Lorsque Burroughs le puriste stylistique utilise une telle expression, on ne peut s'emp&#234;cher de guetter un p&#233;tillement ironique, les guillemets qui se plissent au bord des yeux, mais m&#234;me son utilisation du jargon surann&#233; d'un gangster des ann&#233;es 30 est aussi impassible et impeccable que celle de Cagney. Il ne faut pas oublier que Burroughs a une fois annonc&#233; tr&#232;s s&#233;rieusement qu'il &#233;tait &quot;temps de regarder plus loin que cette plan&#232;te radioactive et d&#233;labr&#233;e, rong&#233;e par les flics&quot; et qu'il a entam&#233; un chapitre de son nouveau roman avec cette phrase m&#233;morable : &quot;Et voil&#224; que je me retrouve &#224; bord de ce vieux vapeur spatial mal&#233;fique qui fuit de toutes parts, avec sa propulsion &#224; potences et son capiston chez qui tout est bon, et avec toute la grosse artillerie de la plan&#232;te point&#233;e sur nous&#8230;&quot; Il est &#224; la fois le semeur aust&#232;re et le sinistre moissonneur, la Mort, avec un sourire qui pourrait &#234;tre la r&#233;sultante d'un jus de six citrons, un grand humoriste misanthrope dans la tradition de C&#233;line et de W.C. Fields (Mary MCCarthy a un jour appel&#233; Burroughs un &quot;utopiste aigri&quot;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Non pas que je sois en d&#233;saccord avec sa politique. Burroughs est en fait un anarchiste utile &#224; toujours avoir &#224; ses c&#244;t&#233;s, quelqu'un qui d&#233;teste les &#233;tats bureaucratiques de droite aussi bien que de la soi-disante gauche, qui a appel&#233; &#224; la fin de la nation et de la famille et qui a &#233;crit dans &lt;em&gt;The Job&lt;/em&gt; : &quot;Le crime est l'int&#233;r&#234;t de la police. La toxicomanie est l'int&#233;r&#234;t du d&#233;partement de la brigade des Stup&#233;fiants. Les nations sont l'int&#233;r&#234;t des politiciens. La guerre est l'int&#233;r&#234;t des officiers de l'arm&#233;e. Un int&#233;r&#234;t, qu'il op&#232;re au travers d'agences priv&#233;es, de capitaux ou officielles, supprime toute d&#233;couverte, tout produit ou fa&#231;on de pens&#233;e mena&#231;ant sa zone de monopole. La guerre froide est utilis&#233;e comme pr&#233;texte par l'Am&#233;rique et la Russie pour dissimuler le savoir relatif &#224; la recherche et en donner le monopole aux agences officielles.&quot; La parano&#239;a consiste &#224; conna&#238;tre tous les faits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Ni que je ne puisse &#234;tre en d&#233;saccord avec son esth&#233;tique. Il est contre les romans r&#233;alistes, qu'il rejette et consid&#232;re comme du &quot;journalisme.&quot; Il admire Beckett, Genet et Conrad ; Il &#233;crivait d&#233;lib&#233;r&#233;ment avec le ton de Graham Greene dans les pages d'ouverture de &lt;em&gt;Cit&#233;s de la Nuit Ecarlate&lt;/em&gt; (&quot;Farnsworth, l'officier du district de la sant&#233; publique, &#233;tait un homme qui l&#233;sinait tant sur ce qu'il demandait de la vie que chaque victoire se transformait en d&#233;faite&quot;). Il est contre la censure de toutes sortes. Il est pour la tradition du roman picaresque. Ses fictions s'inspirent de la culture populaire&#8212;d'un humour de la rue, des bandes dessin&#233;es ; de la science-fiction, des films, des journaux, des livres de voyage, du vaudeville (&quot;Puissent-tous tes probl&#232;mes &#234;tre mineurs, dit un abuseur d'enfants &#224; un autre&quot;). De tous les &#233;crivains de la g&#233;n&#233;ration qui suit celle des grands auteurs modernes (Joyce et Stein), Burroughs fut en anglais le seul &#224; demeurer constant dans leur id&#233;al d'exp&#233;rimentations permanentes. Comme eux, il a pratiqu&#233; l'art du montage mais n'utilisa pas cette technique de la m&#234;me mani&#232;re. Joyce a construit un palimpseste assez dense &#224; partir de diverses couches chevauchantes de discours (l'accent Irlandais du barroom et le bavardage neural) et d'allusions culturelles (la mythologie et une philosophie plus diffuse). Stein, moins &quot;intellectuelle&quot; et plus fougueuse ; cr&#233;a ses surprises au niveau local en traitant parfois les mots comme de purs sons abstraits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Burroughs, en contraste, utilisa les techniques du cut-up et du fold-in avec le peintre Brion Gysin&#8212;une technique, devrais-je ajouter, qu'il a rejet&#233; dans &lt;em&gt;Cit&#233;s&lt;/em&gt; &#224; part dans trois ou quatre courts paragraphes. D'une mani&#232;re moins formelle, moins assidue, et bien plus espi&#232;gle, Burroughs a appris &#224; relier les fragments narratifs les uns aux autres. Trois histoires s'entrem&#234;lent dans&lt;em&gt; Cit&#233;s&lt;/em&gt;. L'une se passe au pr&#233;sent et suit un d&#233;tective tandis qu'il essaie de d&#233;couvrir l'origine d'un meurtre macabre. Une autre raconte l'histoire (bas&#233;e sur des faits r&#233;els) d'un pirate du 18&#232;me si&#232;cle qui chercha &#224; &#233;tablir une soci&#233;t&#233; anarchiste dans le Nouveau Monde et &#224; renverser ainsi l'h&#233;g&#233;monie du colonialisme espagnole et du Christianisme. Un troisi&#232;me r&#233;cit parle de six cit&#233;s du d&#233;sert de Gobi &#224; des temps anciens. Au d&#233;but Burroughs ne fait qu'alterner ses r&#233;cits, tout comme n'importe quel romancier Victorien l'aurait fait en manipulant une intrigue et deux ou trois intrigues secondaires. Mais il &#233;tablit rapidement d'&#233;tranges liens entre les trois histoires. Ses personnages voyagent dans le temps, s'habitent les uns les autres et de cette fa&#231;on unifient l'&#339;uvre. Ce qui semblait &#234;tre des histoires s&#233;par&#233;es et tr&#232;s &#233;tendues fusionnent en vertu du voyage dans le temps. Le montage dans &lt;em&gt;Cit&#233;s&lt;/em&gt; n'est pas une juxtaposition de mots &#224; la Stein ni un contrepoint &#224; la Joyce de diff&#233;rents niveaux de discours mais plut&#244;t un montage de r&#233;cits. Cette solution me semble &#234;tre merveilleusement&#8212;mais ai-je besoin de dire l'&#233;vident ?&#8212;merveilleusement adapt&#233;e au g&#233;nie du roman, qui pr&#233;f&#232;re aux d&#233;dales du langage, m&#234;me s'il est splendide, les grandes structures fictives que sont le suspense et le myst&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; J'ai demand&#233; &#224; Burroughs comment il &#233;tait arriv&#233; &#224; la notion des six cit&#233;s de la nuit &#233;carlate. Nous &#233;tions dans la pi&#232;ce principale assis &#224; la grande table de la salle &#224; manger. Quelques amis et des voisins s'&#233;taient r&#233;unis et avaient commenc&#233; &#224; pr&#233;parer le d&#238;ner (de tels repas communaux sont une tradition nocturne). On entendait dans le fond une cassette de musique Marocaine que Brion Gysin et Paul Bowles avaient enregistr&#233;e. &quot;Brion m'en a donn&#233; l'id&#233;e,&quot; dit Burroughs. &quot;Il m'a dit de r&#233;p&#233;ter leurs noms avant de m'endormir si je voulais que la r&#233;ponse &#224; une question me vienne en r&#234;ve. Ce qui est &#233;trange est que Brion ne sait plus o&#249; il a appris leurs noms&#8212;Temaghis, Ba'dan, Yass-Waddah, Waghdas, Naufrana et Ghadis.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Burroughs me montra ensuite les peintures de Gysin qu'il poss&#232;de (&quot;C'est le plus grand peintre vivant,&quot; murmure Burroughs). &quot;Je vois dans celle-ci les faubourgs de Marrakech,&quot; me fait-il remarquer tandis que nous nous arr&#234;tons devant une toile qui &#224; premi&#232;re vue semble enti&#232;rement abstraite, voire calligraphique, et peinte dans des couleurs sourdes. &quot;L'artiste vous montre la rue spectrale de vos propres associations pass&#233;es. Par exemple, lorsque vous traversez une rue, vous vous souvenez &#224; moiti&#233; d'y avoir vu une voiture juste &#224; cet endroit dix ans auparavant&#8212;voil&#224;, vous voyez la voiture ? La moto fant&#244;me ? J'essaie de faire quelque chose similaire.&quot; Et l'on continue avec une autre peinture non-figurative, une troisi&#232;me et une quatri&#232;me. Burroughs trouve dans chaque peinture des &quot;petites sc&#232;nes&quot;, en aucun cas &#233;videntes, repr&#233;sentant des torrents et des prairies ou le d&#233;sert. Je l'imagine consulter ces images &#224; maintes reprises pour ses visions de la nuit &#233;carlate. &quot;Regardez celle-ci&#8212;des photos de Mars ressemblent exactement &#224; &#231;a, et Brion les peignit avant m&#234;me que ces photos nous fussent retransmises. Vous savez qu'on a retrouv&#233; sur Mars des pierres avec les lettres B et G dessus ?&quot; Qui &quot;on&quot; ? Burroughs et Gysin ?
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Burroughs m'explique qu'il a d&#233;j&#224; bien entam&#233; la suite de &lt;em&gt;Cit&#233;s&lt;/em&gt;, un livre qui part du chapitre de &lt;em&gt;Cit&#233;s&lt;/em&gt; intitul&#233; &quot;Je Te Prends N'importe Quelle Hutte&quot; sur le Far West au si&#232;cle dernier. Il projette d&#233;j&#224; d'&#233;crire un autre livre apr&#232;s &#231;a&#8212;&quot;ce qui devrait conclure le tout.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &quot;Etes-vous Bouddhiste ?&quot; Je lui demande, sachant qu'il a pass&#233; beaucoup de temps &#224; l'Institut Naropa de Bouddhisme Tib&#233;tain de Boulder et &#224; quel point la transmigration des &#226;mes dans &lt;em&gt;Cit&#233;s&lt;/em&gt; est un concept d&#233;riv&#233; de la th&#233;ologie Bouddhiste. Burroughs se moque de la question. &quot;Bouddhiste ? Non. Mais je crois en la r&#233;incarnation, m&#234;me si comme tout le reste ce n'est pas quelque chose qui se produit facilement. Il faut y &lt;em&gt;travailler&lt;/em&gt;.&quot; Burroughs mart&#232;le la table. &quot;Et je&#8212;&quot; longue bouff&#233;e sur le joint, les yeux se brident&#8212;&quot;Je pense aussi que&#8212;Je sais qu'il est possible de vivre dans un&#8212;&quot; parfaite diction d'acier&#8212;&quot; un &#233;tat de &lt;em&gt;non-incarnation&lt;/em&gt;. Mon pr&#233;f&#233;r&#233;.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sa c&#233;l&#232;bre remarque me vint &#224; l'esprit : &quot;Il est n&#233;cessaire de voyager, il n'est pas n&#233;cessaire de vivre.&quot;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Edmund White, 1981&lt;br&gt;
Publi&#233; &#224; l'origine dans &lt;em&gt;Weekly Soho News&lt;/em&gt;, le 18 F&#233;v. 1981&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Les Femmes : Une Erreur Biologique ? de William Burroughs</title>
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		<dc:creator>Aur&#233;lien</dc:creator>



		<description>Je me rends compte qu'on me prend g&#233;n&#233;ralement pour un misogyne. Donc, d&#233;finition du dictionnaire Oxford : &#171; Misogyne &#8211; qui hait les femmes. &#187; Sans doute est-ce son occupation &#224; plein temps ? Korzybski, le fondateur de la S&#233;mantique G&#233;n&#233;rale, disait toujours qu'il fallait discuter une g&#233;n&#233;ralit&#233; ; donc de quelles femmes parle-t-on ? O&#249; et quand ? Ma nounou Anglaise des pages du &#171; Tour d'&#233;crou &#187; ? Elle m'a appris quelques comptines utiles &#8211; &#171; Faire un faux pas et (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je me rends compte qu'on me prend g&#233;n&#233;ralement pour un misogyne. Donc, d&#233;finition du dictionnaire Oxford : &#171; Misogyne &#8211; qui hait les femmes. &#187; Sans doute est-ce son occupation &#224; plein temps ? Korzybski, le fondateur de la S&#233;mantique G&#233;n&#233;rale, disait toujours qu'il fallait discuter une g&#233;n&#233;ralit&#233; ; donc de quelles femmes parle-t-on ? O&#249; et quand ? Ma nounou Anglaise des pages du &#171; Tour d'&#233;crou &#187; ? Elle m'a appris quelques comptines utiles &#8211; &#171; Faire un faux pas et tr&#233;bucher, glisser et tomber&#8230; &#187; Ou cette vieille bique Irlandaise qui m'a appris &#224; appeler les crapauds et faire sortir les vers luisants du pain pourri ? Tout ceci est si loin et si nostalgique, avec une bouff&#233;e de tourbe et de porcherie. Ou la matrone de St. Louis qui a dit que j'&#233;tais un corps ambulant ? Et bien, ce n'est pas permis &#224; tous les corps de marcher ; le sien en est incapable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Faites entrer les pures et dures. La femme fatale, sous toutes ses apparences&#8230; Kali ex&#233;cute sa r&#233;pugnante danse sortie d'une f&#234;te foraine&#8230; La D&#233;esse Blanche d&#233;vore son &#233;poux&#8230; la Terrible M&#232;re accomplit son acte&#8230; la putain de Babylone monte sa panth&#232;re noire et crie, &#171; Bande d'idiots ! Je vais vous saigner &#224; blanc. &#187; Cela suffit &#224; refroidir un homme. Mais toutes ces choses ne sont que des manifestations &#224; la surface, des agnelles pour tout dire : des servantes. Apr&#232;s avoir jet&#233; un oeil sur cette plan&#232;te, tout visiteur venu de l'espace dirait : &#171; JE VEUX VOIR LE DIRECTEUR. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Il se pourrait bien que les femmes soient une erreur biologique ; C'est ce que j'ai dit dans The Job. Mais comme l'est tout ce que je vois autour de moi. Il s'av&#233;ra que les dinosaures &#233;taient une erreur aussi, mais que repr&#233;sentent quelques centaines de millions d'ann&#233;es, plus ou moins, pour une aussi noble exp&#233;rience ? Et du coup &#8211; alors que les cycles mortels de la surpopulation, la pollution, l'appauvrissement des ressources, la radioactivit&#233; et les conflits escaladent vers un sauve-qui-peut cataclysmique &#8211; les citoyens raisonn&#233;s se demandent si toute l'humanit&#233; n'&#233;tait pas une erreur d&#232;s le starting-gate. La question est de savoir de qui est l'erreur, puisque toute erreur implique une intention &#8211; et je suis convaincu que rien ne se passe dans cet univers sans une volont&#233; ou une intention.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Il serait alors pr&#233;somptueux, pour ne pas dire impie, de dire que le Cr&#233;ateur a mal fait son travail ; puisqu'un travail rat&#233; de notre point de vue peut &#234;tre un travail r&#233;ussi de Son point de vue. L'histoire de la plan&#232;te est l'histoire de l'idiotie illumin&#233;e par quelques cr&#233;tins que l'on remarque par leurs g&#233;nies comparatifs. Si l'on consid&#232;re l'organisme humain comme l'artefact d'un Cr&#233;ateur dot&#233; d'une intention, nous pouvons ensuite voir plus ou moins o&#249; nous nous trouvons. &#192; ce jour, aucun super g&#233;nie n'est parvenu &#224; r&#233;aliser ce qu'on pourrait appeler l'intelligence normale si l'on consid&#232;re le fonctionnement potentiel de l'artefact humain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &#171; Regardez-moi cet artefact. &#187; L'instructeur soul&#232;ve un fusil &#224; pierre. &#171; Qu'est-ce qui cloche ? Pas mal de choses. Il a encore pas mal de chemin &#224; faire. &#187;&lt;br&gt; Il soul&#232;ve un fusil automatique moderne. &#171; Avec &#231;a nous nous rapprochons de la limite de l'efficacit&#233; des armes portatives selon le principe d'un projectile propuls&#233; par une charge explosive. Maintenant regardez cet artefact. &#187; Il soul&#232;ve une cage dans laquelle gronde une belette. &#171; Qu'est-ce qui cloche chez cet artefact ? Rien. Il est limit&#233;, mais si l'on consid&#232;re sa structure et ses objectifs, il fonctionne assez bien&#8230; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Regardons un peu l'artefact humain. Qu'est-ce qui cloche chez lui ? Presque tout. Consid&#233;rons une esp&#232;ce qui vive sur la c&#244;te, et regarde les bateaux aller et venir jour apr&#232;s jour, durant des ann&#233;es, et croit toujours que la terre est plate parce que l'Eglise le dit ; une esp&#232;ce qui utilise des boulets de canon pendant cinq cent ans avant l'id&#233;e qu'un boulet de canon qui explose au contact puisse fleurir sur ce sol fertile&#8230;Et je pourrais continuer encore et encore. Alors pourquoi l'artefact humain en est-il rest&#233; au stade du fusil &#224; pierre ? J'avance la th&#233;orie selon laquelle nous n'&#233;tions pas destin&#233;s &#224; demeurer dans notre &#233;tat pr&#233;sent, pas plus qu'un t&#234;tard est destin&#233; &#224; rester &#233;ternellement un t&#234;tard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; L'organisme humain se trouve dans un &#233;tat de n&#233;ot&#233;nie. On utilise ce terme biologique pour d&#233;crire un organisme fix&#233; &#224; ce qui serait normalement une phase larvaire ou transitionnelle. D'ordinaire, une salamandre commence son cycle de vie dans l'eau munie de branchies ; plus tard les branchies s'atrophient, et l'animal d&#233;veloppe des poumons. Cependant, certaines salamandres ne perdent jamais leurs branchies ou ne quittent jamais l'eau. Elles sont dans un &#233;tat de n&#233;ot&#233;nie. La salamandre Xolotl que l'on trouve au Mexique est un exemple. Les scientifiques, &#233;mus par la condition critique de cette belle cr&#233;ature, lui donn&#232;rent une injection d'hormones, apr&#232;s quoi elle perdit ses branchies et quitta l'eau apr&#232;s des ann&#233;es de n&#233;ot&#233;nie. C'est peut-&#234;tre forc&#233; d'esp&#233;rer qu'une simple injection pourrait faire sortir l'esp&#232;ce humaine de son &#233;volution arr&#234;t&#233;e. Mais peu importent les moyens mis en place pour apporter un changement, ce dernier sera irr&#233;versible. La Xolotl, une fois ses branchies perdues, ne peut jamais les r&#233;clamer. Il semblerait que l'&#233;volution est une voie &#224; sens unique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Si l'on consid&#232;re les &#233;tapes de l'&#233;volution, on a l&#8216;impression qu'en les franchissant, la cr&#233;ature se retrouve pi&#233;g&#233;e. Voici un poisson qui survie &#224; la s&#233;cheresse parce qu'il a d&#233;velopp&#233; des pieds et des poumons rudimentaires. En ce qui concerne le poisson, ce ne sont que des moyens de passer d'une source d'eau &#224; une autre. Mais d&#232;s qu'il laisse ses branchies derri&#232;re, il se retrouve d&#232;s lors dot&#233; de poumons. Le poisson a donc fait un pas en avant &#233;volutionnaire. Parti &#224; la recherche d'eau, il a trouv&#233; l'air.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Peut-&#234;tre un pas en avant identique sera-t-il fait pour la race humaine. L'astronaute ne part pas &#224; la recherche d'espace ; il cherche davantage de temps &#8211; c'est-&#224;-dire, &#224; &#233;galer l'espace au temps. Le programme spatial est simplement une tentative pour transporter ailleurs nos impasses temporelles insolubles. En revanche, comme le poisson qui marche, en recherchant plus de temps, nous pourrions trouver &#224; la place davantage d'espace, et d&#233;couvrir ensuite qu'il est impossible de faire marche arri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Un pas si &#233;volutionnaire impliquerait des changements litt&#233;ralement inconcevables de notre point de vue actuel. La s&#233;paration des sexes est-elle un stratag&#232;me arbitraire destin&#233; &#224; perp&#233;tuer un arrangement impraticable ? L'&#233;tape suivante impliquerait-elle la fusion des deux sexes en un organisme ? Et que serait la nature de cet organisme ? Comme disait toujours Korzybski, &#171; Je ne sais pas. Il faut voir. &#187; Est-ce trop demander &#224; cette esp&#232;ce de poisson &#233;chou&#233; qu'est la race humaine de prendre l'impensable en consid&#233;ration, pour le bien de l'&#233;volution ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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